Adriana Barrios Beltran
En 2024, j’avais écrit un premier article1 dans le Journal de l’uttam dans lequel je faisais le récit de ma bataille pour faire reconnaitre ma lésion. J’y racontais comment, au terme d’un long et difficile combat, j’étais parvenue à faire reconnaitre que ma blessure au dos, survenue en mars 2022, était un accident du travail. Comme je le disais à l’époque, en conclusion de mon texte, je n’étais pourtant pas au bout de mes peines… J’ai dû, en effet, mener une deuxième bataille, cette fois pour mon droit aux traitements.
À la suite de mon accident du travail, j’ai eu droit à quelques traitements avant que la CNÉSST ne refuse ma réclamation. Jusqu’à ma victoire au Tribunal, la Commission ne payait plus pour mes traitements.
En 2023, alors que j’attendais l’audience, j’ai vécu des moments de très grandes douleurs en raison de ma blessure qui n’était plus traitée. Mon médecin me recommandait toujours de reprendre les traitements, ce que j’ai décidé de faire à mes frais. J’ai donc payé, moi-même, plusieurs séances de physiothérapie en attendant mon audience. Si ces traitements m’ont fait du bien au dos, ils m’ont aussi fait mal au portefeuille… J’ai cependant gardé les factures avec l’intention d’en demander le remboursement si le Tribunal reconnaissait mon accident.
Après mon audience et ma victoire, la CNÉSST m’a indemnisée, comme prévu, pour ma blessure. Cependant, en tentant de faire rembourser les traitements que j’avais payés, moi-même, avant l’audience, j’ai été surprise de découvrir que la Commission n’assumait qu’une partie du coût. En fait, le remboursement de la CNÉSST ne correspondait même pas à la moitié des frais que j’avais engagés pour ces traitements.
Il faut savoir que si la loi prévoit que les travailleuses et travailleurs accidentés ou malades ont droit à l’assistance médicale et donc aux traitements dont ils ont besoin pour leur lésion, la CNÉSST applique aussi un règlement qui détermine les tarifs qu’elle paie pour chaque traitement. Ce règlement prévoit, par exemple, que la CNÉSST paie 53,50 $ pour chaque séance de traitement de physiothérapie ou d’ergothérapie. Or, si les cliniques privées se contentent de ce tarif pour soigner les victimes du travail dont la lésion a été acceptée par la Commission, elles facturent des montants beaucoup plus importants aux personnes qui n’ont pas de lésion professionnelle reconnue.
C’est ce qui m’était arrivé : j’avais payé le tarif plus élevé pour des traitements dans le privé… Après ma victoire au Tribunal, la CNÉSST n’acceptait de rembourser que le montant prévu à son règlement, sans égard à ce que j’avais payé réellement.
Cela me semblait complètement injuste : à cause de la mauvaise décision initiale de la CNÉSST, que le Tribunal a d’ailleurs reversée, j’avais payé pour des traitements qui devaient, selon la loi, être entièrement à la charge de la Commission.
À l’uttam, on m’a appris que c’était la pratique courante de la Commission de ne rembourser qu’au tarif de son règlement dans une telle situation, mais que je pouvais contester le refus de me rembourser l’intégralité du coût des traitements. On m’a aussi encouragée à le faire en me disant que j’aurais très probablement gain de cause, là-dessus, au Tribunal.
J’ai donc pris mon courage à deux mains et c’est ce que j’ai fait : j’ai contesté, à nouveau, une décision de la CNÉSST, d’abord en révision administrative puis, quand le refus du remboursement a été maintenu, devant le Tribunal administratif du travail.
Au mois d’août dernier, je me retrouvais donc, pour la deuxième fois, au Tribunal administratif du travail. Comme la fois précédente, je m’y défendais seule, après avoir eu l’aide de l’uttam pour me préparer pour cette audience. Et comme la première fois, j’ai gagné sur toute la ligne : le Tribunal a ordonné à la CNÉSST de me rembourser intégralement le coût de mes traitements!
Je suis bien heureuse d’avoir été épaulée par l’uttam dans ce nouveau combat et d’avoir encore gagné cette bataille pour mes droits au Tribunal!
- Se battre pour ses droits, ça vaut la peine!, Adriana Barrios Beltran, Journal de l’uttam, printemps 2024. ↩︎

