Riposte ouvrière et populaire à la fermeture sauvage d’Amazon

Nathalie Brière

Alors que le premier entrepôt syndiqué d’Amazon au Québec tentait d’obtenir une première convention collective, la multinationale américaine annonçait, le 22 janvier 2025, la fermeture de ses sept entrepôts au Québec.

Amazon et la syndicalisation

Bien qu’Amazon nie que l’annonce de la fermeture de ses entrepôts soit en lien avec la syndicalisation du premier entrepôt au Québec (celui de Laval), personne n’est dupe, ni la CSN qui a mené la campagne de syndicalisation, ni les employés, ni les analystes, ni même la population en général. En effet, les agissements d’Amazon semblent démontrer qu’il s’agit d’une entreprise résolument antisyndicale.

Nous n’avons qu’à penser au fait que, l’été dernier, Amazon avait été condamnée par le Tribunal administratif du travail (TAT) à payer une compensation à la CSN pour pratiques antisyndicales. L’entreprise avait aussi tenté de contester l’accréditation de ce premier syndicat de Laval, prétendant que les règles d’accréditation du Québec étaient inconstitutionnelles.

Ailleurs, aux États-Unis, Amazon a réussi à affaiblir le seul établissement syndiqué (à Staten Island, New York) en retardant ou bloquant les négociations pour une première convention collective. Toutefois, cette tactique ne fonctionnait pas au Québec puisque si la négociation d’une convention collective initiale échoue, celle-ci peut être imposée lors d’un arbitrage pour fixer les conditions initiales.   Il est fort à parier qu’une convention collective imposée en arbitrage aurait donné lieu à de meilleures conditions de travail et c’est exactement ce qui s’apprêtait à se passer pour l’entrepôt de Laval.  Peut-on alors vraiment parler d’une coïncidence, lorsqu’il s’agit justement du moment choisi par Amazon pour annoncer la fermeture de tous ses entrepôts et seulement au Québec?  L’entreprise tente de nier la concomitance, prétendant qu’il s’agirait d’une décision d’affaire, et ce, pour retourner à un modèle de livraison par des tiers.  Mais si c’était vraiment le cas, pourquoi seules les entreprises du Québec ferment leurs portes?

La réponse semble évidente : la syndicalisation d’un seul entrepôt d’Amazon risquait de créer un précédent et un effet boule de neige.  Elle aurait lancé un message clair qu’il est possible de s’unir pour demander de meilleures conditions de travail et de meilleures mesures en santé et sécurité du travail, afin d’éviter les centaines d’accidents du travail qui ont lieu annuellement chez Amazon.   L’entreprise était donc déterminée à ce que les travailleuses et travailleurs des autres entrepôts ne soient pas tentés de revendiquer, eux aussi, de meilleures conditions de travail.  Avec ces fermetures sauvages, Amazon a pris les grands moyens pour éviter que ce message soit entendu par les autres entrepôts du Québec, mais aussi ailleurs au Canada et partout en Amérique du Nord.  Il s’agit donc d’une stratégie profondément antisyndicale qui vise à intimider les autres travailleuses et travailleurs d’ici et d’ailleurs.

Les impacts sur les travailleuses et travailleurs

La fermeture des sept entrepôts au Québec a comme conséquence la mise à pied de près de 4 700 travailleuses et travailleurs, ce qui inclut autant ceux qui étaient engagés directement par l’entreprise que les sous-contractants qui étaient engagés comme chauffeurs pour faire les livraisons d’Amazon.  Il s’agit de l’un des plus grands licenciements collectifs permanents par une seule entreprise au cours des 50 dernières années au Québec.

À la suite de ce licenciement collectif, plusieurs travailleuses et travailleurs d’Amazon ont tenu deux assemblées d’urgence au Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI) les 26 janvier et 2 février et ont élaboré une liste de revendications. En plus de demander la réouverture des entrepôts d’Amazon au Québec, ils ont également demandé que tous soient reconnus comme des travailleurs d’Amazon, incluant les chauffeurs en sous-traitance, afin que leurs droits soient respectés face au licenciement collectif.  En effet, seuls les travailleurs engagés par Amazon, ce qui exclut les chauffeurs en sous-traitance, recevront l’indemnité de départ minimum relative aux licenciements collectifs prévue par la loi.  

Actuellement, aucun soutien réel n’est offert, afin d’aider ces milliers de travailleuses et de travailleurs à se trouver un autre emploi.  Plus de 4 500 travailleuses et travailleurs d’Amazon de la région de Montréal se retrouvent donc tous en recherche d’emploi au même moment.  L’impact se fait sentir encore plus fortement pour la majorité des travailleuses et travailleurs d’Amazon qui sont des personnes ayant un statut précaire (issues de l’immigration, demandeurs d’asile, etc.) dont plusieurs ne parlent pas français.  Du jour au lendemain, tous se retrouvent sans revenu, sans possibilité de subvenir aux besoins de leur famille et sans appui pour se trouver un autre emploi.

Actions et mobilisations

Malgré la fermeture des entrepôts d’Amazon au Québec, la CSN poursuit aussi son action juridique.  En effet, compte tenu de la transgression par l’employeur de plusieurs articles du Code du travail, la CSN se tourne vers les tribunaux, afin de demander l’annulation du licenciement collectif, d’ordonner la réouverture des entrepôts ainsi que la réintégration des employés.  La CSN poursuit également ses démarches d’arbitrage pour obtenir la 1ère convention collective, même si l’entrepôt d’Amazon de Laval est fermé.  L’objectif étant d’obtenir cette première convention collective, afin d’être bien préparé, advenant qu’Amazon décide d’ouvrir à nouveau ses entrepôts.

Depuis l’annonce d’Amazon sur la fermeture sauvage de tous ses entrepôts au Québec, les travailleuses et travailleurs, les sous-traitants, la CSN et la société civile s’unissent pour dénoncer l’entreprise et demander le boycott d’Amazon.

Plusieurs manifestations et rassemblements ont eu lieu devant l’entrepôt de Laval, à la station de métro Mont-Royal ainsi qu’au Square Phillips du Centre-ville de Montréal.  À titre d’exemple, le 15 février dernier, des centaines de travailleuses et travailleurs licenciés, des syndiqués d’un peu partout au Québec et des gens de la société civile se sont réunis pour marcher dans les rues de Montréal, afin de dénoncer l’agissement de la multinationale.  Un appel au boycott d’Amazon a d’ailleurs été lancé par des députés fédéraux et provinciaux lors de ce rassemblement.  La campagne « Ici, on boycotte Amazon » a d’ailleurs été lancée à l’initiative de citoyens qui ont été profondément choqués par la fermeture brutale d’Amazon.  Cette campagne dénonce aussi le modèle d’organisation d’Amazon qui impose un modèle d’exploitation au détriment des droits et des lois du travail.

Cet appel au boycott ne concerne donc pas uniquement les citoyens, mais également les gouvernements et les organismes publics qui utilisent, entre autres, Amazon Web Services pour stocker une grande quantité de données.  L’appel est donc lancé pour que les différents paliers de gouvernement mettent fin aux contrats avec Amazon, que ce soit pour les commandes d’achat ou les Services infonuagiques.  Jusqu’à maintenant, plus de 50 syndicats, organisations ouvrières, communautaires, associations étudiantes et autres ont appuyé cette campagne de boycott (https://boycottamazon.ca/fr/).

Les revendications de cette campagne incluent le remboursement des subventions publiques qu’Amazon a reçues, afin d’ouvrir ses entrepôts au Québec, le paiement d’un an de salaire pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs d’Amazon (incluant les sous-traitants) et le soutien total et gratuit à la formation pour les travailleuses et travailleurs licenciés.   

Les gens sont invités à consommer des produits québécois en encourageant les commerces locaux, à cesser leurs achats chez Amazon, à annuler leur abonnement Prime Vidéo et à demander à leur employeur de cesser d’acheter chez Amazon.

L’uttam appuie et participe à cette campagne de boycott d’Amazon et encourage ses membres à en faire de même.   Nous espérons que la mobilisation populaire, ouvrière et syndicale lancera un message clair, soit qu’il est inacceptable que des multinationales s’installent chez nous pensant ignorer nos lois et bafouer les droits des travailleuses et travailleurs.  Il faut donc une réponse collective forte pour se battre contre cette attaque antidémocratique visant les travailleuses et travailleurs du Québec

Site de la campagne « Ici, on boycott Amazon » : https://boycottamazon.ca/fr/

Site de la CSN « Délivrons-nous d’Amazon » : https://www.csn.qc.ca/amazon/

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