Lorsque la CNÉSST banalise l’impact du travail sur notre corps, il faut se battre!

Texte écrit par Elyane Parent

Je suis serveuse de métier. J’y ai travaillé pendant plus de 30 ans. Malgré ce qu’en pense la CNÉSST, c’est un métier extrêmement physique. Nous sommes toujours en mouvement avec quelque chose à la main. Nous servons et desservons des plateaux de nourriture et de boissons, les uns après les autres. Il faut dire que lorsqu’on est serveuse, une bonne partie de notre revenu dépend de la qualité du service que l’on offre aux clients. On a donc intérêt à faire vite et à bien faire!

En octobre 2022, j’ai commencé à ressentir de la douleur pendant que j’effectuais du service aux tables dans le restaurant où je travaillais. Des gestes que je faisais quotidiennement dans mon travail me créaient des douleurs, même en alternant entre ma main gauche et ma main droite.

J’ai donc été référée à un neurologue par mon médecin traitant. Le neurologue a produit une attestation médicale pour la CNÉSST avec un diagnostic de syndrome du tunnel carpien bilatéral et aussi de pouce gâchette bilatéral. Je n’ai pas déposé ma réclamation à la suite de cette visite médicale, puisque j’ai pensé qu’avec un long congé de maladie, ma condition irait mieux. J’ai donc cessé de travailler pendant 5 mois. Durant cette période, mes douleurs aux poignets et aux pouces ont diminué et ma condition semblait redevenir normale. J’ai donc recommencé à travailler, mais lorsque j’ai repris mes tâches, la douleur est revenue de plein fouet. J’ai consulté une nouvelle fois le neurologue qui m’a indiqué que ma condition s’était détériorée. C’est à ce moment que j’ai fait ma réclamation à la CNÉSST pour une maladie professionnelle liée à mon métier de serveuse.

En peu temps, la CNÉSST a balayé ma réclamation du revers de la main. J’ai reçu un appel d’un agent de la CNÉSST m’informant du refus de ma réclamation pour maladie professionnelle, parce que mes poignets et mes pouces n’avaient pas été « assez sollicités » dans le cadre mon travail qui, à leur avis, nécessite « peu de force ».  L’agent a aussi ajouté que mes tâches étaient « trop variées » et que j’avais des « micro-pauses » pour me reposer. J’étais choquée! C’était comme si on me parlait d’un autre travail que le mien!

Lorsque j’ai reçu ce refus, j’ai commencé à chercher un organisme pouvant m’aider avec mon dossier et j’ai trouvé l’uttam. Lors de ma rencontre avec ma conseillère de l’uttam, j’ai compris, en fait, que la CNÉSST ne comprenait rien aux maladies professionnelles musculosquelettiques!

Avec l’aide de l’uttam, j’ai commencé à préparer mon dossier, d’abord pour faire une demande de révision administrative. J’ai donc préparé une description de tâches détaillée de mon travail. Cette étape a été particulièrement difficile pour moi, parce qu’après autant d’années à faire le même métier, plusieurs gestes effectués étaient devenus presque tous des automatismes. Pour préparer ma description de tâches, j’ai dû porter attention à chacun de mes gestes : comment je tiens mon plateau et que je positionne mon poignet; comment je prends les assiettes pour les servir et me rappeler des différents plateaux et de toute la gamme de vaisselle manipulés. Je devais aussi penser au poids du matériel utilisé, en y ajoutant le poids de la nourriture ou des liquides. Malgré la difficulté que représentait la description de mon travail, j’y suis arrivée et ça m’a beaucoup servi.

Ma description de tâches m’a, en effet, permis de mieux exposer mon travail pour défendre mon dossier à l’étape de la révision administrative, en plus de présenter un document de l’Institut national de santé publique sur les facteurs de risque des troubles musculosquelettiques dans le milieu de la restauration. Malgré tous mes efforts, la CNÉSST a quand même continué à banaliser mon travail et à prétendre que « ce n’était pas suffisant » pour que mon travail soit la cause de ma maladie. Je dois avouer qu’après tous ces efforts, j’étais découragée de constater que la CNÉSST refuse encore de reconnaitre que mon travail soit la cause de ma maladie. Toutefois, avec les conseils de l’uttam, j’ai décidé de continuer et j’ai contesté le refus de la révision administrative au Tribunal administratif du travail.

À l’aide de ma description de tâche, je me suis rendue dans une clinique médicale spécialisée en médecine du travail. À cette clinique, j’ai rencontré un médecin qui m’a évaluée pour tenter de déterminer l’étiologie de ma maladie. Je lui ai démontré, en imitant des gestes de mes différentes tâches et en lui présentant des photos avec des plateaux, la réalité de mon travail. Quelques mois plus tard, j’ai reçu le résultat de cette consultation médicale qui m’indiquait que ce médecin spécialiste était d’avis que mon travail était la principale cause de ma maladie.

Avec l’attestation médicale de mon neurologue et l’avis de ce médecin spécialiste en médecine du travail, j’avais un dossier prêt pour attaquer! C’est d’ailleurs parce que mon dossier était aussi bien préparé que j’ai été en mesure de convaincre, lors de la conciliation au Tribunal, les deux employeurs présents à mon dossier d’accepter de reconnaitre que ma maladie est bel et bien en lien avec mon travail de serveuse. Un accord a été signé et je suis, depuis janvier 2025, indemnisée par la CNÉSST…après 2 ans de démarches!

J’aurai vraisemblablement des séquelles de ma lésion professionnelle, puisque j’ai eu une première chirurgie et que je dois en subir une seconde pour mon deuxième poignet. Si je ne m’étais pas entêtée contre la CNÉSST et sa banalisation de mon métier, ma lésion n’aurait jamais pu être reconnue. J’ai persévéré, et avec l’aide de l’uttam, j’ai réussi!

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