Doit-on accepter un retour au travail forcé au péril de sa santé?

Gaitree Ramdhanie

Bien que j’aie été victime d’un accident du travail en 2010, ce nest véritablement qu’en 2012 que les folies de la CSST ont débuté lorsque j’ai dû goûter à la médecine du Bureau d’évaluation médicale (BÉM). J’ai alors découvert à quel point la CSST, qui est censée veiller à la santé et à la sécurité des travailleuses et des travailleurs, est parfois capable d’absurdités.

En août 2010, je me suis blessée au cou en forçant pour placer une boîte sur l’étagère d’un camion de livraison (j’exerce le métier de chauffeuse-livreuse de colis). Au départ, on a diagnostiqué une simple entorse cervicale.

Comme mes problèmes persistaient et que j’avais des engourdissements aux bras, mon médecin a poussé plus loin les examens. Il a découvert que j’étais porteuse, sans doute depuis ma naissance, d’une malformation rare du cervelet, dite « d’Arnold Chiari », qui avait entraîné une « syringomyélie », une maladie de la moelle épinière pouvant causer des problèmes neurologiques graves, incluant la paralysie. Comme je n’avais jamais eu de problème au cou ni aux bras avant mon accident, il était clair pour mon médecin que l’accident du travail avait aggravé et rendu symptomatique ma syringomyélie, en plus de causer une hernie discale à C5-C6 .

Même si d’apprendre que j’étais porteuse d’une maladie grave fut une épreuve pour moi, je me croyais au moins protégée par la CSST. Mon médecin m’assurait que si je faisais attention et que j’évitais tout choc à la colonne cervicale, je pourrais probablement empêcher la progression de ma maladie. Bien sûr, avec une telle condition, le retour à mon travail n’était pas possible.

Quand le BÉM s’en mêle

Les ennuis avec la CSST ont débuté suite à une première visite au BÉM en avril 2012. Bien que le médecin du BÉM ait constaté l’existence de ma syringomyélie, il n’a inscrit que le diagnostic « d’entorse cervicale », comme si ma maladie et la hernie discale n’existaient pas. Il déclarait toutefois que la lésion n’était pas consolidée. J’ai donc pu poursuivre mon suivi médical.

Cependant dès novembre 2012, la CSST me retournait au BÉM. Dans son rapport, s’il indiquait que mon entorse cervicale était guérie, le médecin du BÉM confirmait que le traumatisme d’août 2010 avait rendu symptomatique ma syringomyélie. De plus, il soulignait que tout effort excessif ou tout traumatisme risquait d’entraîner de graves lésions et recommandait à titre de limitations fonctionnelles que, pour ma « condition personnelle », je ne devrais faire que des travaux légers sans faire d’effort physique et éviter les situations où je pourrais tomber.

La CSST interprète à sa manière

Forte d’un avis du BÉM m’interdisant tout effort et toute situation impliquant un risque de choc à la colonne cervicale, j’étais certaine que la CSST allait continuer à prendre soin de moi… À ma grande surprise, quelques jours après le BÉM, j’ai reçu une décision me déclarant « apte au travail ».

Pour la CSST, comme le premier médecin du BÉM n’avait inscrit qu’« entorse cervicale » dans ses conclusions, mes autres problèmes n’existaient pas. Même si le deuxième médecin du BÉM me recommandait de ne pas retourner à mon travail, seul comptait le fait qu’il déclarait l’entorse cervicale guérie. Le BÉM avait beau avoir dit que l’accident avait déclenché ma syringomyélie, cette condition était disparue comme par enchantement suite au 1er avis du BÉM.

Cette décision m’a fait l’effet d’une terrible douche froide. Malgré les avertissements clairs de tous les médecins que j’avais vus, incluant ceux du BÉM, à l’effet qu’un retour à mon travail dans ma condition risquait d’entraîner de graves séquelles irréversibles, la CSST coupait mes indemnités et voulait me forcer à retourner à mon travail.

Une grosse bataille en vue

Si la décision de la CSST n’avait pas eu comme conséquence de me priver de revenu et de me faire sombrer dans la pauvreté, j’aurais eu presque envie d’en rire : il est difficile d’imaginer une attitude plus rigide, bornée et absurde que celle de la CSST. Je ne peux m’empêcher de penser à ce qui pourrait arriver si j’avais la folie d’obéir à la CSST en reprenant mon travail de chauffeuselivreuse de colis. Que dirait la CSST si, à la suite d’un nouvel incident, je me retrouvais paralysée?

Mais il n’est pas question de jouer ainsi avec ma vie et ma santé. J’ai plutôt choisi de travailler au renversement de cette décision absurde et injuste.

J’espère que le bon sens l’emportera et que la Commission des lésions professionnelles rappellera à l’ordre la CSST en lui faisant comprendre qu’il est inacceptable de retourner au travail une personne au péril de sa santé.

Au fait, n’est-ce pas la même CSST qui a aussi comme mandat de prévenir les lésions professionnelles et de voir au respect de notre santé et de notre sécurité au travail?

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