Dino Piacente
Je travaille comme technicien informatique. Dans ce travail, les serveurs dont je m’occupe sont des objets lourds pesant plusieurs kilos. Il y a deux ans, j’étais à travailler chez un client, lorsqu’en bougeant une des tours, un serveur mal raccordé a chuté. Travaillant en position accroupie, j’ai réalisé la catastrophe, alors je me suis précipité pour le rattraper à bout de bras avant qu’il ne se fracasse au sol. Ouf, me direz-vous ! Pourtant, bien que le matériel fut sauf, mon corps, lui, ne s’en est pas sorti indemne. J’ai aussitôt ressenti une onde de choc traverser toute ma colonne vertébrale et une douleur immense s’est agrippée à mon dos. J’ai dû arrêter de travailler et mon médecin a posé le diagnostic d’entorse lombaire avec fissure annulaire.
Mes douleurs lombaires étaient très importantes. Mon médecin était plutôt inquiet du fait que mes symptômes étaient beaucoup trop importants pour que ce ne soit qu’une entorse. Comme j’arrivais à peine à marcher avec une canne, il devait y avoir autre chose. Je ne dormais plus et j’étais incapable de faire mes tâches quotidiennes à la maison. Après une investigation intensive au bas du dos et aux jambes, mon médecin ne trouvait rien. Après plusieurs mois, il n’arrivait toujours pas à expliquer l’ensemble de ma symptomatologie, jusqu’à ce qu’un EMG indique qu’il y avait probablement quelque chose d’anormale vers le haut de ma colonne. Les investigations effectuées dans cette région révélèrent une sténose spinale cervicale au niveau C5-C6. C’est donc cette blessure dans le haut de ma colonne qui aggravait ma condition, bien que tous mes symptômes étaient concentrés dans mes membres inférieurs. Mon médecin était d’avis qu’une opération de décompression cervicale pourrait améliorer grandement mon état.
Après plus d’un an d’arrêt de travail, la CNÉSST s’impatientait et voulait me retourner au travail, peu importe mon état réel. J’ai donc été vu par le BEM qui a consolidé mon entorse lombaire avec des limitations fonctionnelles de classe 1 et un faible DAP. J’ai contesté cette décision au Tribunal et, avec l’aide de l’uttam, j’ai trouvé un avocat pour l’audience que j’attends toujours.
Jusqu’à ce moment, la CNÉSST ne s’était jamais prononcée sur mon diagnostic de sténose spinale cervicale. Cependant, une fois consolidé par le BEM, elle s’est empressée de refuser ce diagnostic pour fermer mon dossier. L’IRM révélant ma sténose spinale avait été passée 10 mois après l’accident et mon médecin n’avait jamais traité la région cervicale avant cet examen. Comme presque tous mes symptômes étaient au niveau lombaire et aux jambes, la CNÉSST considérait donc que ma blessure au cou n’avait rien à voir avec mon accident, malgré l’avis de mon médecin. J’ai donc contesté cette décision de refus en révision.
Entre la décision du BEM qui me consolidait et l’appel de l’agente de la révision, j’ai subi l’opération demandée par mon médecin. Il avait raison ! Même si je ne suis pas entièrement guéri, mon état s’est grandement amélioré. Je me suis remis à marcher et je n’avais plus besoin de ma canne ! Cela dit, il fallait quand même convaincre la réviseure que ma blessure au cou, découverte tardivement, avait été causée par mon accident. La tâche n’était pas facile !
Avec l’uttam, nous avons épluché mon ancien dossier d’accident de travail, puisqu’en 2002, je m’étais blessé un peu de la même manière en rattrapant un gros serveur. À cette époque, la CNÉSST avait reconnu une hernie cervicale au niveau de mes vertèbres C5-C6, mais cette hernie était asymptomatique depuis cet accident. Il faut savoir qu’une hernie discale est souvent la cause d’une sténose spinale, comme dans mon cas. Toutefois, ma situation demeure assez surprenante, puisque mes symptômes ne laissaient présager aucune atteinte cervicale. C’est aussi la raison pour laquelle les médecins ont mis près d’un an avant d’investiguer mon cou.
Il a fallu être minutieux pour recueillir tous les éléments pour prouver que mon deuxième accident avait rendu symptomatique la hernie causée par mon premier accident. Comme ce premier dossier datait de près de 20 ans, il était archivé sur microfilm à la CNÉSST et la réviseure nous pressait pour que moi et ma représentante de l’uttam fassions nos commentaires en révision. Puisque les délais administratifs internes de la CNÉSST ne peuvent supplanter le droit d’être entendu des travailleuses et des travailleurs, elle a attendu deux mois pour avoir nos commentaires et finalement nous donner raison ! J’ai donc gagné ma demande de révision ! Cette décision a changé la suite de mon dossier, puisque la reconnaissance de ma sténose spinale a fait que la série de décisions qui m’avaient forcé à retourner au travail, alors que je pouvais à peine marcher, ont été invalidées. Cette reconnaissance change aussi la donne pour ma contestation du BEM au TAT. Me battre a donc valu la peine !

