L’importance de ne pas laisser tomber ses droits : quand la persévérance est récompensée

Chun Wing Chan

Texte traduit du Cantonais

Je travaille depuis une dizaine d’années comme cuisinier à l’emploi d’un buffet chinois. Quand un accident du travail à l’épaule m’a rendu incapable de travailler et qu’une difficulté de communication avec la CNÉSST a entrainé le refus de ma réclamation, je me suis retrouvé sans revenu ni traitement pendant une très longue période. Heureusement, l’uttam était là pour moi!

Le travail de cuisinier pour un buffet implique de devoir préparer des quantités importantes de nourriture. Cela signifie qu’il faut régulièrement manipuler de grands contenants et du matériel de cuisine parfois assez pesant et transporter des boîtes du frigo ou du congélateur aux comptoirs de travail. Il m’est fréquemment arrivé de sentir de la fatigue musculaire aux bras, au dos ou aux épaules en travaillant. Mais, avant 2023, je n’avais jamais subi de véritable blessure au travail.

C’est lors d’un avant-midi de juin 2023 que je me suis fait sérieusement mal pour la première fois au travail, en soulevant une boîte remplie de côtes levées (« spare ribs »). J’ai ressenti une intense douleur à l’épaule droite. Sur le coup, j’espérais que ça passerait rapidement. J’ai terminé ma journée, malgré cette douleur, en utilisant presque uniquement mon bras gauche.

Le soir, alors que j’étais de retour chez moi, la douleur à l’épaule demeurait très forte. J’ai pris une douche, mais je restais incapable d’utiliser mon bras droit. Le lendemain, mon épaule était toujours très douloureuse et j’ai compris que je ne pourrais pas travailler. J’ai consulté un médecin qui m’a immédiatement prescrit un arrêt de travail pour cette blessure, diagnostiquée comme « étirement musculaire de l’épaule droite ». Il m’a remis une attestation médicale CNÉSST, me recommandant de réclamer pour cet accident.

Précisons que je ne maîtrise correctement ni le français, ni l’anglais. Dans la cuisine d’un restaurant, on n’a pas de contact direct avec la clientèle si bien que j’ai pu me débrouiller au travail pendant des années en parlant uniquement le cantonais.

Pour réclamer à la CNÉSST et pour les démarches qui ont suivi, j’ai cependant dû me faire aider par des membres de ma famille, qu’il s’agisse de ma femme, de ma belle-sœur ou de mon fils pour communiquer à ma place. Cette barrière de la langue m’a empêché d’expliquer correctement l’événement. Analysée comme si elle concernait une maladie professionnelle, ma réclamation a été refusée.

Ce refus de la CNÉSST m’a privé de soins et d’indemnités. Incapable de travailler, j’ai pu toucher des prestations d’assurance-emploi pour maladie durant quelques semaines avant d’être entièrement privé de revenu.

Avec des membres de ma famille, je me suis rendu à l’uttam pour recevoir de l’aide dans mes démarches et tenter de faire reconnaitre mon accident, en demandant d’abord la révision de la décision de refus puis en contestant au Tribunal administratif du travail.

À plusieurs reprises, pendant la longue attente de l’audience, j’ai envisagé tout laisser tomber. L’idée d’aller au Tribunal et de me présenter devant un juge pour défendre ma cause dans une langue que je ne maîtrise pas m’intimidait énormément. Plus d’une fois, je suis venu bien près de signer un désistement et de tout annuler. Chaque fois, je recevais de l’uttam des encouragements pour ne pas abandonner, me rappelant que j’avais « un bon dossier ».

Encouragé par l’uttam, j’ai finalement maintenu ma contestation jusqu’au bout, malgré mes doutes et mes craintes. J’ai aussi réservé les services d’un interprète professionnel en vue de l’audience.

Quelques jours avant l’audience, alors que j’avais commencé à pratiquer mon témoignage, j’apprenais par l’uttam que la CNÉSST, à la lumière des notes cliniques de mon médecin, était ouverte à reconnaitre l’accident du travail par un accord hors cour!

C’est finalement cet accord, entériné par le Tribunal, qui a permis de faire reconnaitre ma blessure à l’épaule droite. Aujourd’hui, mon épaule va beaucoup mieux, j’ai pu retourner au travail et, parce que je n’ai pas laissé tomber mes droits, j’ai pu toucher des indemnités rétroactives pour l’année et demie de travail manqué. Tout cela prouve bien que l’uttam avait raison de m’encourager à persévérer!


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