Assia Malinova
Les 15 et 16 avril derniers, j’ai eu l’honneur de faire partie de la délégation de l’uttam qui s’est rendue au Centre des congrès de Québec pour participer au Sommet sur la santé et la sécurité du travail 2025. Cet événement, que plusieurs ont qualifié d’historique, a regroupé plus de 1500 personnes. Il s’agissait principalement de travailleuses et travailleurs de la base, issus de différents syndicats et groupes de défense des droits des travailleuses et travailleurs à travers le Québec. L’objectif de ce sommet: formuler ensemble des revendications et stratégies communes pour répondre aux enjeux actuels en santé et sécurité du travail – tant en matière de prévention que de réparation.
Après le mot d’accueil et le panel d’ouverture, une période de questions a été marquée par plusieurs témoignages poignants, notamment celui de Serge Boily, fondateur de l’organisme Victimes des pesticides du Québec. Il a raconté son long combat pour faire reconnaître sa maladie professionnelle de Parkinson. Toute la salle a été émue par son discours, et son témoignage restera à jamais gravé dans ma mémoire.
Pour ma part, durant les deux jours où plusieurs ateliers ont été présentés, j’ai eu la chance de participer humblement à cette dynamique collective en intervenant comme panéliste dans un atelier sur les réussites en santé et sécurité du travail. J’y ai partagé mon expérience comme ancienne travailleuse d’Amazon et membre du comité de santé et sécurité de mon entrepôt. J’ai également participé à l’atelier sur les nouvelles formes d’emploi avec plusieurs représentants de différents groupes comme le RATTMAQ et le GAIHST.
En soirée, la délégation de l’uttam s’est retrouvée dans un restaurant pour un moment convivial. Nous avons été rejoints par la petite délégation du Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI–IWC), ainsi que par plusieurs ami·e·s et sympathisant·e·s de l’uttam. La rencontre a connu un tel succès qu’il a presque fallu pousser les murs pour accueillir tout le monde – une belle preuve du rayonnement de notre organisation.
Un moment marquant, personnellement et collectivement
Pour moi, ce sommet a été une expérience profondément marquante. J’ai été touchée par la richesse des échanges, la solidarité entre les travailleuses et travailleurs venus de tous les horizons, et l’attention sincère portée aux témoignages de celles et ceux qui vivent les conséquences des systèmes de travail défaillants.
À titre personnel, ce sommet m’a également permis de mieux connaître plusieurs membres de l’uttam qui faisaient partie de notre délégation. Ces échanges, à travers les discussions informelles, ont renforcé le sentiment de solidarité et d’appartenance à une communauté de lutte.
Au fil de ces deux journées, j’ai aussi observé à quel point l’uttam agit comme un véritable ciment entre les différentes composantes du mouvement syndical en matière de SST. À travers sa présence bienveillante, sa force tranquille, ses valeurs de solidarité, d’unité et de justice sociale, l’uttam contribue à faire grandir et à renforcer le mouvement ouvrier québécois.
Ce sommet a été une grande réussite, un moment fort pour raviver notre énergie et resserrer les liens entre travailleuses et travailleurs de tous les horizons. Mais le vrai travail commence maintenant : celui de poursuivre ensemble les luttes, de transformer les constats partagés en avancées concrètes, et de construire de nouveaux gains pour la classe ouvrière du Québec.
Et qui sait… Une certaine rumeur courait dans les couloirs du Centre des congrès qu’un autre sommet pourrait voir le jour dans quelques années…
Assia Malinova : une militante impliquée à l’uttam

Assia, comment as-tu connu l’uttam?
En 2019, ma mère Galina a été victime d’un accident du travail, suivi d’une contestation de son employeur qui a mené à une procédure judiciaire. Cet événement inattendu a profondément bouleversé notre famille et nous a poussés à chercher du soutien. À l’époque, j’étais membre du syndicat IWW, et c’est par l’intermédiaire d’un camarade que nous avons été orientées vers l’uttam en 2020.
J’ai accompagné ma mère à sa toute première rencontre à l’uttam avec Nathalie, sa conseillère, pour aider avec la traduction au besoin. La rencontre a duré près de trois heures. Je me souviens de la façon dont elle a écouté le témoignage de ma mère — avec patience, compassion et une profonde humanité. Nous avons été bien accompagnées tout au long du processus lié à son dossier. Grâce à l’uttam, ma mère a retrouvé confiance en elle, dans sa capacité à défendre ses droits en tant que travailleuse, et nous a permis à toutes les deux de contribuer à une cause plus large à travers notre implication au sein de l’organisation.
Comment tu t’es impliquée à l’uttam?
Ma mère Galina et moi sommes devenues membres de l’uttam et avons rejoint le comité action. Malheureusement, la pandémie a commencé peu de temps après, ce qui a ralenti notre intégration dans la vie collective de l’organisation. L’implication s’est donc faite de manière plus progressive, au rythme des possibilités offertes par le contexte sanitaire.
Depuis, nous participons autant que possible aux soirées d’information, ateliers, mobilisations et autres activités organisées par l’uttam. L’année dernière, j’ai eu l’honneur d’être élue au Conseil d’administration. C’est une grande responsabilité que je prends à cœur et qui renforce ma détermination. Je m’implique aussi au sein du Comité de pérennité financière.
D’où vient ton intérêt à t’impliquer pour les droits des travailleuses et travailleurs?
J’ai grandi à la croisée des milieux ouvriers et de la classe moyenne ce qui m’a permis d’être exposée à différentes réalités du monde du travail. Ça m’a sensibilisée aux injustices vécues par les travailleuses et travailleurs autour de moi. En 2019, j’ai passé l’été à travailler dans des fermes de cerises en Colombie-Britannique, où les conditions étaient difficiles et dangereuses, parfois même abusives. Avec un groupe de 45 collègues, nous avons décidé collectivement de faire une grève sauvage pour revendiquer de meilleurs salaires. Cette expérience m’a profondément marquée et éveillée à l’importance de l’action collective.
L’accident du travail de ma mère, survenu en 2019, a aussi été un moment marquant : l’accompagner dans ses démarches m’a permis de mieux comprendre les obstacles auxquels font face les personnes blessées au travail. Peu après, j’ai commencé à travailler dans un entrepôt Amazon. J’y ai retrouvé des conditions éprouvantes, ce qui m’a amenée à m’impliquer dans une campagne de syndicalisation avec mes collègues.
Aujourd’hui, je travaille au Centre des Travailleuses et Travailleurs Immigrants (CTTI-IWC), où je souhaite continuer à soutenir les travailleuses et travailleurs dans l’organisation collective pour la défense de nos droits.
Que t’apporte ton implication à l’uttam, et pourquoi elle est importante pour moi?
Au fil des années, plus j’ai appris à connaître l’uttam, son équipe et sa communauté, plus mon admiration pour cet organisme a grandi. L’uttam joue un rôle essentiel auprès des travailleuses et travailleurs accidenté·es : dans un monde qui banalise la souffrance au travail, elle affirme que chaque lutte mérite d’être entendue — et que personne ne devrait avoir à se battre seul.
M’impliquer activement à l’uttam me donne de la force et du sens. C’est un espace porteur d’espoir, ancré dans des valeurs profondes de solidarité, de justice, de dignité et d’engagement. J’y trouve une communauté soudée, humaine, qui incarne l’organisation comme elle devrait être : structurée, sincère, dévouée.
Ce qui me frappe particulièrement, c’est la capacité de l’uttam à faire face à tous les enjeux mis sur son chemin. Elle ne se limite pas à traiter les conséquences des accidents, mais s’attaque aussi à leurs causes, aux injustices systémiques, à la bureaucratie, à l’isolement. Elle ne détourne jamais le regard, et va toujours au fond des choses.
Mon lien avec l’uttam est aussi personnel. Lorsque ma mère a eu besoin d’aide après son accident du travail, l’uttam était là. Lorsque moi et mes collègues d’Amazon avons eu besoin d’appui, l’uttam a répondu présent avec une solidarité précieuse, humaine, compétente. Ces gestes m’ont profondément marquée. Aujourd’hui, je veux redonner ce que j’ai reçu. C’est pourquoi j’apprends à mon tour à accompagner des travailleuses et travailleurs blessés au Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI), souvent avec le soutien de l’uttam.
Grâce à l’uttam, j’ai aussi compris que le corps du travailleur est un véritable champ de bataille entre la logique du profit et la dignité humaine. L’uttam m’inspire, me stimule, me rend fière. Dans un système qui laisse trop souvent les travailleuses et travailleurs blessés se débrouiller seuls, l’uttam nous rappelle qu’aucune lutte n’est trop petite ou trop grande pour être portée, et qu’ensemble, on peut changer les choses.

