Nathalie Brière
Le lock-out de Béton Provincial des usines de LaSalle et Longueuil dure maintenant depuis plus de 14 mois. C’est, en effet, le 5 décembre 2024, après seulement 2 mois de négociation, que le nouvel employeur a mis les 45 employés en lock-out. Cette mesure survenait 8 mois seulement après l’achat de l’entreprise Demix, en avril 2024, par André Bélanger, propriétaire de Béton Provincial.
Alors que la convention collective prenait fin le 30 septembre 2024, seulement 5 rencontres de négociation avaient été tenues avec le nouveau propriétaire, avant qu’il ne mette les employés en lock-out. Parmi ces travailleuses et travailleurs, ce sont des opérateurs de bétonnières, des mécaniciens et des hommes de cour qui se retrouvent à la rue, sans revenu pour faire vivre leurs familles.
L’intransigeance de l’employeur
Depuis le début du lock-out, l’employeur ne fait que se camper sur ses positions, ce qui implique que les négociations n’avancent tout simplement pas. Rapidement, en novembre 2024, le Syndicat des travailleurs de Béton Provincial (LaSalle-Longueuil) – CSN faisait la demande pour qu’un conciliateur intervienne, compte tenu de la fermeture de l’employeur face à la négociation. La première rencontre de négociation avec un conciliateur s’est tenue en janvier 2025. Depuis, seulement 4 rencontres ont été réalisées, dont la dernière le 21 janvier 2026. Même en présence du conciliateur en chef, aucune avancée n’a pu être obtenue. Malgré l’ouverture du syndicat, l’employeur continue d’être obstiné et exige non seulement un gel salarial sur quatre ans, mais également la fin de sa contribution au régime de retraite, la réduction de sa contribution au régime d’assurance collective ainsi que la mise en place d’un nouveau régime beaucoup moins avantageux pour les travailleurs.
Au total, les 45 employés perdraient entre 20 et 25 % de leur revenu en salaire et avantages sociaux. Des conditions qu’ils ne sont certainement pas prêts à laisser tomber, les ayant obtenues après des luttes acharnées survenues à la fin des années 90. Deux des employés actuels, qui ont d’ailleurs mené ces batailles, ont maintenant plus de 40 ans d’ancienneté. Considérés comme une véritable source d’inspiration et de motivation pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs à ne pas baisser les bras et continuer de lutter pour le maintien des conditions de travail actuelles, ils inspirent à ne surtout pas reculer!
L’achat des concurrents et le nivellement par le bas
Avec le rachat de ses concurrents, le nouveau propriétaire tente tout simplement de faire niveler par le bas les conditions de travail de l’ensemble du secteur des fabricants de béton. André Bélanger détient présentement 85 usines de béton au Canada, dont 9 situées dans la région de Montréal et pour lesquelles les deux usines de LaSalle et Longueuil sont en lock-out. Bien qu’il se targue d’être un chef de file québécois de l’industrie, André Bélanger n’offre que des conditions de misère aux travailleuses et travailleurs et refuse de négocier, dans l’unique but de faire plier les employés des 2 usines qui, heureusement, résistent à sa stratégie. Ce n’est pourtant pas en privant les travailleuses et travailleurs de leur gagne-pain et en exigeant des reculs dans leurs conditions de travail qu’on peut prétendre être un bon employeur!
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un conflit de travail éclate au cours des dernières années chez Béton Provincial. Rappelons les grèves générales, par exemple, à St-Hubert et dans une carrière de la région de Montréal ainsi qu’auprès de signaleurs routiers de cette même compagnie.
Un patron-voyou
À travers ses différentes pratiques, l’entreprise a aussi utilisé des briseurs de grève pour faire réaliser des travaux d’entretien et de déneigement, normalement effectués par des travailleuses et travailleurs actuellement en lock-out. À la suite de plaintes déposées par le syndicat, représentant les employés en lock-out, au moins 2 rapports d’enquête du ministère du Travail ont conclu à une infraction en vertu des dispositions du Code du travail. Une audience est d’ailleurs prévue, en avril prochain, pour traiter d’une nouvelle plainte dénonçant l’utilisation de briseurs de grève à l’usine de LaSalle quant aux tâches d’entretien habituellement effectuées par les travailleuses et travailleurs en lock-out.
L’employeur a, par ailleurs, aussi fait appel aux tribunaux pour intimider les travailleuses et travailleurs en leur adressant des mises en demeure visant à empêcher la tenue des manifestations, recourant même à des procédures d’outrage au tribunal, qui selon le syndicat, ne s’avèrent pas fondées.
Soulignons que Béton Provincial est classée au deuxième rang des pires employeurs en 2025 par le palmarès de la CSN, paru dans son journal, Le Point syndical, d’hiver 2026
La mobilisation et la détermination des syndiqués
Devant toute cette adversité, les employés en lock-out de Béton Provincial ne se découragent pas. Ils demeurent quotidiennement en piquetage devant les usines de LaSalle et Longueuil. Ils ont aussi mené plusieurs manifestations, dont la plus récente, le 4 février 2026, durant laquelle l’intransigeance de l’entreprise a été dénoncée, lors d’un événement de l’Association béton Québec.
Le Syndicat des travailleurs de Béton Provincial (LaSalle-Longueuil), qui représente les 45 opérateurs, mécaniciens et hommes de cour en lock-out, fait partie de la grande famille CSN, une famille vraiment tissée serrée! En plus de pouvoir bénéficier de son soutien, les travailleuses et travailleurs peuvent également compter sur l’appui d’autres collègues syndiqués.
Si vous êtes sensible à leur cause, il est possible de les suivre via leur site Facebook
Vous pouvez aussi faire appuyer financièrement les grévistes de Béton Provincial
SO, SO, SO, SOLIDARITÉ!


