Norman King, M.Sc Épidémiologie

L’utilisation du plomb remonte très loin dans le passé, notamment en raison de sa grande malléabilité et de son point de fusion peu élevé. La toxicité du plomb est reconnue depuis plus de 2000 ans, mais ce métal continue d’avoir plusieurs usages importants aujourd’hui. Si les travailleuses et travailleurs des mines et fonderies de plomb sont parmi les plus exposés, celles et ceux qui travaillent dans les usines fabriquant les batteries d’accumulateurs au plomb pour les véhicules, les pigments pour usage industriel et non résidentiel, les munitions, les revêtements de câbles, les murs et tabliers de protection contre les radiations, etc. peuvent aussi l’être. Le plomb est également une composante dans certains types de soudure.

Dans le passé, le plomb a également servi d’additif pour l’essence et la peinture, et les tuyaux qui amenaient l’eau dans nos maisons étaient faits en plomb, mais en raison de sa grande toxicité ( notamment pour les enfants ), ces usages ont cessé. Le cuivre est désormais utilisé pour la plomberie.

Effets sur la santé

Les effets sur la santé d’une exposition au plomb sont très bien documentés. L’intoxication aigüe ( exposition brève à un niveau élevé de plomb ) est accompagnée des symptômes suivants : mortalité infantiles est augmenté. Le plomb peut aussi être transmis à l’enfant par le lait maternel. Toute travailleuse enceinte ou qui allaite exposée au plomb doit donc bénéficier d’un retrait préventif le plus rapidement possible. Enfin, des études démontrent que le plomb est cancérigène pour l’animal et le Centre international de recherche sur le cancer le classe comme cancérigène possible ( catégorie 2B ). maux de tête, fatigue, nausées, vomissements et diarrhée avec du sang.

Une intoxication chronique ( exposition plus faible sur une période de temps plus longue ) cause plusieurs symptômes, car le plomb peut toucher à peu près tous les systèmes du corps. Les plus touchés par une intoxication chronique sont le système nerveux ( fatigue, irritabilité, perte de mémoire récente et difficulté de concentration, léthargie, mal de tête ) et le système digestif ( douleurs abdominales, vomissements, constipation, perte de poids ). D’autres impacts possibles sont l’anémie, l’hypertension, la perturbation du système rénal et problèmes de fertilité. Comme ces symptômes et effets sur la santé sont non spécifiques et peuvent avoir d’autres causes; si une travailleuse ou un travailleur exposé au plomb en ressent certains, il faut indiquer au médecin la nature du travail effectué pour que ce dernier puisse demander une analyse du plomb dans le sang et déterminer s’il s’agit d’une intoxication au plomb.

Notons aussi que le plomb est très toxique pour la travailleuse enceinte et le fœtus. En effet, le plomb traverse la barrière placentaire et peut causer l’avortement, l’hypertension, l’accouchement prématuré et l’accouchement de bébé de petit poids. L’enfant à naître peut, après sa naissance, souffrir de retard de développement physique et mental, de morbidité et le risque de mortalité infantiles est augmenté. Le plomb peut aussi être transmis à l’enfant par le lait maternel. Toute travailleuse enceinte ou qui allaite exposée au plomb doit donc bénéficier d’un retrait préventif le plus rapidement possible.

Enfin, des études démontrent que le plomb est cancérigène pour l’animal et le Centre international de recherche sur le cancer le classe comme cancérigène possible ( catégorie 2B ).

Tout ce qui précède démontre que des moyens de prévention rigoureux s’imposent lorsque l’on travaille avec le plomb. Comme pour les contaminants chimiques en général, il faut remplacer le plomb par un autre produit autant que possible, aspirer les poussières et fumées à leur source et s’assurer de la ventilation générale et de l’entretien ménager rigoureux du lieu de travail pour éviter toute accumulation de poussières de plomb sur des surfaces et leur suspension dans l’air. Comme mesure temporaire, il peut être nécessaire de fournir des équipements de protection personnelle en attendant de diminuer ou d’éliminer la présence de plomb dans l’air. Le Règlement sur la santé et la sécurité du travail oblige l’employeur à installer un vestiaire double pour les travailleuses et travailleurs exposés au plomb afin d’éviter que leurs vêtements de ville soient contaminés par le plomb, évitant ainsi de transporter ce contaminant à la maison.

L’intoxication au plomb dans le projet de loi n° 59

Actuellement, l’intoxication aux métaux, incluant le plomb, figure à l’annexe I de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles. Un diagnostic d’intoxication au plomb posé par le médecin traitant ( qui se basera sur l’histoire professionnelle, l’évaluation clinique et le niveau de plomb dans le sang ) donne ouverture à la présomption de maladie professionnelle prévue par la Loi si le travail effectué implique l’utilisation, la manipulation ou une autre forme d’exposition au plomb. Il n’y a aucune exigence additionnelle pour bénéficier de cette présomption.

Or, la soi-disant « modernisation » du ministre Boulet prévoit l’ajout d’une condition pour bénéficier de la présomption d’intoxication au plomb, qui ne s’appliquera que si le niveau de plomb dans le sang ( plombémie ) atteint ou dépasse 700 µg / L ( 700 microgrammes par litre ).

Soulignons d’abord que l’ajout d’une telle condition est inacceptable, pour le plomb comme pour les autres maladies pour lesquelles la réforme ajoute des seuils, parce qu’elle nie le principe de la susceptibilité individuelle. En effet, les individus varient considérablement dans leur réaction suite à l’exposition à un contaminant ou à des conditions de travail néfastes. On ne peut donc pas fixer de seuil en-dessous duquel personne ne serait malade. La jurisprudence en matière de reconnaissance de maladies professionnelle a reconnu ce principe scientifique de base à maintes reprises.

En ce qui concerne le plomb, le seuil du projet de loi est en outre totalement contraire aux connaissances scientifiques actuelles. Le Guide de prévention sur l’exposition au plomb publié par la CSST en 20031 et un autre document de l’Institut national de santé publique du Québec ( INSPQ )2 mentionnent des effets sur la santé qui sont associés à différents niveaux de plombémie. Des impacts sont notés dès 100 µg / L. À partir de 400 µg / L, on parle d’atteinte précoce à certaines fonctions neuropsychologiques et du système nerveux périphérique. À partir de 500 µg / L, on parle de troubles de coordination visuo-motrice et d’une diminution du temps de réaction et des performances intellectuelles.

Notons aussi que la Loi sur la protection de la santé publique précise que les résultats de plombémie de 104 µg / L ou plus doivent être déclarés comme maladie à déclaration obligatoire ( MADO ). Pour l’INSPQ, une intoxication chronique au plomb résulte le plus souvent d’une exposition professionnelle prolongée à des concentrations ambiantes dont les niveaux sont suffisants pour maintenir une plombémie supérieure à 310 µg / L pendant des années, voire des décennies. Le seuil de 700 µg / L exigé par le projet de loi n° 59 est donc extrêmement élevé et n’a rien de scientifique.

Conclusion

Une exposition au plomb est associée à plusieurs effets graves sur la santé. Il est donc nécessaire de mettre sur pied des moyens de prévention efficaces en milieu de travail. Il est aussi essentiel de retirer les victimes d’intoxication au plomb de leur milieu de travail et de les indemniser correctement.

L’imposition d’un niveau minimal de plombémie pour reconnaître une intoxication au plomb est totalement inacceptable. Face au projet de loi, il faut défendre que le jugement clinique du médecin traitant doit lier la CNÉSST dans son traitement de toute réclamation pour une telle intoxication

  1. Guide de prévention sur l’exposition au plomb; CSST; 2003. Notons que la première partie du présent texte est largement basée sur ce document. ↩︎
  2. Définition nosologique d’une maladie à déclaration obligatoire ou d’une intoxication ou exposition significative; Institut national de santé publique du Québec; 1998. ↩︎
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