Décès professionnels : le travail a fait 246 victimes en 2024

À chaque année, pour le 28 avril, Journée internationale de commémoration des victimes du travail, la CNÉSST publie un portrait des décès liés au travail ainsi que quelques statistiques sur les lésions professionnelles de l’année précédente.

En 2024, 246 décès professionnels ont été reconnus par la CNÉSST, soit 36 de plus qu’en 2023. Il s’agit du nombre le plus élevé des dix dernières années. Parmi ces décès, on compte 74 personnes ayant perdu la vie dans un accident du travail, soit un accident mortel de plus que l’année précédente. Aussi, 172 personnes sont décédées à la suite d’une maladie du travail, ce qui représente une hausse de 35 décès pour maladie professionnelle par rapport à 2023.

L’amiante demeure de loin la première cause de ces décès. En effet, 142 des décès pour maladie du travail résultent d’une exposition à l’amiante, soit 22 de plus qu’en 2023. Les décès par amiante représentent donc 83 % des décès pour maladie professionnelle et 58 % de l’ensemble des décès professionnels. Ces décès arrivent plus de cinq ans après l’entrée en vigueur du règlement canadien interdisant l’amiante et les produits contenant de l’amiante, et plus de vingt ans après l’arrêt des activités de la dernière mine au Québec.

Il faut dire que pour soutenir cette industrie, nos gouvernements ont longtemps multiplié les efforts pour encourager l’utilisation de ce produit dangereux. Si bien qu’on trouve, encore aujourd’hui, de l’amiante dans plusieurs bâtiments au Québec. Les fibres toxiques, libérées lors de travaux ou lorsque les matériaux se dégradent, exposent des travailleuses et des travailleurs et continuent de causer des maladies mortelles, comme le mésothéliome pulmonaire.

Outre l’amiante, les chiffres de la CNÉSST indiquent que l’exposition liée aux fumées et gaz d’incendies, qui entraîne de nombreux cancers chez les pompiers, est la deuxième cause de maladies professionnelles mortelles.

Rappelons, d’ailleurs, que les travailleuses et travailleurs ayant exercé le métier de pompier à l’emploi d’une ville ou d’une municipalité, pour un nombre suffisant d’années, peuvent désormais bénéficier d’une présomption légale facilitant la reconnaissance de leur maladie. Ces nouvelles présomptions, pour certains cancers dont sont victimes les pompiers, sont entrées en vigueur en 2021, alors que d’autres ont été ajoutées en avril 2025.

Malheureusement, ces présomptions sont assorties de conditions particulières restrictives qui peuvent empêcher certaines victimes d’en bénéficier si, par exemple, elles n’ont pas exercé le métier de pompier pour un nombre suffisant d’années ou si elles n’ont pas été à l’emploi d’une municipalité. Les pompiers forestiers, exposés à la fumée des feux de forêt, ne peuvent donc pas bénéficier de ces présomptions.

En ce qui concerne les accidents du travail mortels, les principales causes sont les accidents de transport et ceux causés par les contacts avec des objets ou de l’équipement. Dans le cas des accidents de transport, la CNÉSST prétend qu’elle ne peut agir en prévention, car elle n’est pas le principal acteur de la sécurité routière. Pourtant, un examen des professions des travailleuses et travailleurs décédés par accident de la route révèle que 14 victimes font partie des opérateurs d’équipement de transport et de machinerie lourde et du personnel d’entretien. Il n’y a donc pas de raison de prétendre que la CNÉSST n’a pas de rôle à jouer dans la prévention de ces accidents, qui relèvent directement de la santé et de la sécurité du travail de personnes qui exercent ces professions.

La CNÉSST publie également, à l’occasion du 28 avril, le nombre de lésions professionnelles acceptées pour l’année précédente. En 2024, c’est 96 721 accidents du travail qui ont été acceptés, ainsi que 10 403 maladies professionnelles. Bien sûr, ces chiffres élevés excluent les 31 364 réclamations que la CNÉSST a refusées au cours de l’année, ainsi que toute celles, probablement encore plus nombreuses, pour lesquelles aucune réclamation n’a été produite.

À la lumière de l’ensemble de ces chiffres présentés par la CNÉSST dans le cadre de la journée de commémoration des victimes du travail, force est de constater que les efforts de prévention restent totalement insuffisants. Le travail continue de faire beaucoup trop de victimes, il est temps que ça change!


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