Carmeline Placide
Voici mon récit de toutes les étapes et les luttes que j’ai dû mener, suite à mes deux accidents du travail, pour avoir enfin droit aux indemnités de remplacement du revenu jusqu’à 68 ans, compte tenu de mon impossibilité à refaire tout emploi, étant donné la sévérité de mes séquelles permanentes.
Je travaillais comme préposée aux bénéficiaires, lorsqu’en avril 2012 j’ai eu un accident du travail à l’épaule droite. On m’a alors diagnostiqué une entorse et une tendinite de la coiffe des rotateurs. J’ai ensuite été vue par un médecin désigné et mon médecin traitant s’est dit d’accord avec son évaluation des séquelles pour mon atteinte permanente et mes limitations fonctionnelles.
Suite à une visite de mon poste de travail, organisée par la CNÉSST en mai 2013, celle-ci a jugé que je pouvais reprendre mon emploi de préposée aux bénéficiaires, et ce, bien malgré mes limitations fonctionnelles à l’épaule droite. J’avais déjà, à ce moment, contesté une décision de la CNÉSST concernant le refus d’un diagnostic, alors j’ai aussi contesté celle portant sur ma capacité à refaire mon emploi, mais j’ai finalement laissé tomber mes contestations et j’ai repris mon travail.
Malheureusement, en 2015, je me suis blessée de nouveau au travail, mais, cette fois, à l’épaule gauche. Un patient que je soutenais a perdu l’équilibre et s’est suspendu à mon bras de tout son poids pour éviter une chute, entraînant ma blessure à l’épaule. Plusieurs diagnostics ont été reconnus pour cet accident, soient une entorse, une bursite, une tendinite et une capsulite de l’épaule gauche. J’ai ensuite été vue par le médecin du bureau d’évaluation médicale (BÉM) qui m’a aussitôt consolidée et donné que deux limitations fonctionnelles.
Cette fois, j’étais déterminée à me rendre jusqu’au bout et, avec l’aide de l’uttam, j’ai contesté la décision rendue suite au BÉM jusqu’au Tribunal administratif du travail. Comme j’étais admissible à l’aide juridique, j’ai pu bénéficier des services d’une avocate du Réseau de l’uttam qui a déposé une expertise médicale qui reflétait ma véritable condition médicale. Le Tribunal a finalement reconnu que j’avais des limitations fonctionnelles plus sévères que celles émises par le BÉM.
Malgré cette décision, la CNÉSST a considéré que je pouvais refaire mon emploi de préposée aux bénéficiaires en se basant sur l’évaluation du poste de travail faite en 2013. J’ai tenté de refaire l’emploi de préposée aux bénéficiaires, mais étant donné mes limitations fonctionnelles et mes douleurs aux deux épaules, c’était devenu impossible. J’ai donc dû continuer mon combat et contester de nouveau cette décision de capacité jusqu’au Tribunal administratif du travail.
J’étais de nouveau représentée par la même avocate du Réseau de l’uttam, mais, entre-temps, la pandémie de la Covid-19 est arrivée, ce qui a compliqué les choses pour avoir une expertise pour l’évaluation du poste de travail. Avec les restrictions sanitaires dues à la Covid-19, il n’était pas possible de faire l’évaluation dans la résidence pour personnes âgées où je travaillais comme préposée lors de mon accident. Il a donc fallu que j’explique à l’ergonome responsable de l’expertise comment je faisais les tâches de mon travail en simulant les gestes et en utilisant des accessoires à ma disposition chez moi. De plus, j’ai dû expliquer au Tribunal que l’emploi que j’occupais, lors de mon accident en 2015, n’était pas le même que lors de ma lésion survenue en 2012. En fait, en 2015, mes tâches étaient plus lourdes, car j’avais plus de patients à m’occuper et ceux-ci étaient plus lourdement handicapés.
Comme la CNÉSST n’avait pas refait d’analyse du poste de travail et s’était uniquement basée sur l’évaluation faite en 2013 pour mon accident de 2012, l’analyse n’était donc plus valide, puisqu’elle ne tenait compte que des limitations relatives aux gestes répétitifs. Étant donné que d’autres limitations fonctionnelles plus sévères avaient été acceptées par le Tribunal en décembre 2018, il fallait donc tenir compte de l’ensemble de mes limitations fonctionnelles pour déterminer ma capacité de travail.
Avec tous ces arguments, le Tribunal a considéré que je ne pouvais pas refaire l’emploi de préposée aux bénéficiaires et m’a donc donné raison! Le dossier a été retourné à la CNÉSST et j’ai ainsi pu débuter un processus de réadaptation professionnelle. Toutefois, compte tenu de la sévérité de mes limitations fonctionnelles, la CNÉSST en est rapidement venue à la conclusion qu’il était impossible de me déterminer un emploi convenable et me reconnaissait le droit aux indemnités de remplacement du revenu jusqu’à 68 ans.
Comme nous le rappelle souvent l’uttam, il ne faut jamais lâcher! Même si la lutte est ardue et que le combat ressemble à une course à obstacles sur une longue distance, il faut tenir bon et vaincre toutes les embûches jusqu’à la fin. Avec de la persévérance, il est possible d’avoir gain de cause et, dans mon cas, cela veut dire d’avoir des indemnités de remplacement du revenu jusqu’à l’âge de la retraite!


