Depuis le 30 septembre, les travailleuses et travailleurs de la coopérative BMR Novago de Joliette et Saint-Jacques sont en grève générale illimitée suite au lock-out de leur employeur qui ne semble pas du tout pressé de s’assoir à la table de négociation. Cette grève arrive après plus de deux ans de tentatives infructueuses pour négocier un nouveau contrat de travail et plusieurs journées de grève ponctuelles. Le Syndicat des travailleuses et travailleurs de la Coop Lanaudière CSN représente des salariés de BMR-Novago qui travaillent en quincaillerie et aux installations agricoles des municipalités de Joliette et Saint-Jacques, mais toutes les installations de cet employeur ne sont pas syndiquées. Les conditions de travail dans les établissements non syndiqués de Novago sont beaucoup moindres. C’est pourquoi l’objectif avoué de l’employeur est de se débarrasser du syndicat. Cette attitude est d’autant plus frappante face à une entreprise très rentable qui se dit mue par les valeurs de coopération – Novago étant une coopérative.
C’est l’employeur qui est en demande dans ce conflit. Il veut réduire le nombre de congés et abolir les horaires stables de plusieurs travailleuses et travailleurs alors qu’elles et ils ont ces mêmes horaires depuis des années. Il ne prend aucunement en considération l’expertise des travailleuses et des travailleurs à son emploi qui conseillent les agriculteurs depuis de nombreuses années dans la région. L’employeur demande également des baisses de salaire drastiques variant entre 2.50$ et 7$ de moins de l’heure pour la plupart des travailleuses et des travailleurs (entre 14% et 29% de baisse). Il veut ainsi ramener le salaire au même niveau que ceux dans les établissements non syndiqués alors que la décence et la justice dicterait plutôt à l’employeur de faire le contraire – soit de ramener les salaires dans ses installations non syndiquées à ceux des travailleuses et travailleurs syndiqués. Demandé de telles baisses de salaire est indécent, mais demander des baisses de salaire dans le contexte actuel de la hausse du coût du la vie, c’est ajouter l’insulte à l’injure.
Solidarité intersyndicale
L’attitude exécrable de l’employeur n’a pas réussi à décourager les grévistes qui continuent à se battre malgré des mois de grève. La formidable solidarité qui s’est exprimé sur leur piquet de grève a certainement permis de « booster » leur moral. En effet, les travailleuses et les travailleurs de la cimenterie Ash Grove à Joliette (syndiqué avec Unifor) en lock-out depuis près de 11 mois viennent régulièrement visiter leurs camarades de la CSN sur leur ligne de piquetage et vice versa. Les travailleuses et les travailleurs du Hilton Québec, aussi en grève depuis plusieurs mois, sont également venu à la rencontre de leurs camarades pour leur donner du soutient tout comme de nombreuses autres organisations syndicales, toutes affiliations confondues.
Briseur de grève à distance
Depuis les fameux lock-out au journal de Québec et au journal de Montréal il y a plus de 10 ans, les tribunaux ont adopté une interprétation très restrictive de la notion d’établissement dans le Code du travail. Cela a eu pour conséquence de rendre les dispositions anti-briseur de grève – autrement dit, l’interdiction pour l’employeur de recourir à des scabs pendant une grève ou un lock-out – effectives que si les briseurs de grève travaillent entre les murs du bâtiment l’entreprise. Cela pose un sérieux problème si l’employeur utilise des briseurs de grève en télétravail, d’autant plus que le télétravail est de plus en plus courant avec la pandémie. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Novago.
Heureusement, l’employeur a été ramené à l’ordre par le Tribunal. Le fait d’avoir recours au télétravail ne donne pas le droit d’utiliser des scabs. Le TAT explique qu’il faut tenir compte des bouleversements engendrés par la pandémie sous l’angle du droit de grève. Il explique qu’« [u]ne interprétation restrictive d’« établissement » visé par l’accréditation dans ce contexte, sans tenir compte de cette nouvelle réalité du télétravail à grande échelle, a pour effet de nier l’existence du droit de grève et celui du droit d’association par le fait même. » Cette décision a d’ailleurs forcé l’employeur à se rassoir à la table de négociation.
Le TAT avait déjà rendu une décision sur la question des scabs en télétravail contre CRH dans le contexte du lock-out à la cimenterie Ash Grove (voir le dernier numéro du journal). Cette dernière décision contre Novago vient donc confirmer cette première victoire au TAT remportée par le mouvement ouvrier.


