Université Laval : faire une grève pour défendre les retraités

Félix Lapan

L’Université Laval fait actuellement face à la grève de près de 2 000 travailleuses et travailleurs déterminés à défendre leurs conditions de travail, leur régime de retraite et les conditions de vie de 1 600 retraités.

Le Syndicat des employés et employées de l’Université Laval (SEUL), section locale 2 500 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), regroupe 1 922 travailleuses et travailleurs. Ces employés, qui occupent des emplois de cols bleus et de cols blancs au sein de l’université, sont en grève continue depuis le 21 février dernier. La convention collective est venue à échéance le 1er avril 2016 et depuis, les négociations pour son renouvellement piétinent.

Les revendications syndicales sont assez simples : les employés demandent la reconduction sans modification de la convention collective précédente et un ajustement salarial semblable à celui obtenu par les salariés du secteur public, soit des augmentations de 9 % sur 5 ans.

De son côté, sans se prononcer sur la question des salaires, l’employeur a déposé à l’automne 2016 un cahier de charges contenant 300 demandes de modifications à la convention collective. Les changements toucheraient notamment la mobilité et la sécurité d’emploi des travailleuses et des travailleurs. Globalement, les modifications demandées se traduiraient par un recul général des conditions de travail des employés.

Ce n’est toutefois ni la question des salaires, ni les demandes patronales de changements aux conditions de travail qui font piétiner les négociations, mais la restructuration du régime de retraite qui est devenue l’enjeu central du conflit.

L’épineuse question du régime de retraite et la loi 13

Il faut savoir que la négociation survient dans le contexte de la loi 13, adoptée par le gouvernement du Québec en juin 2016 et portant sur les régimes de retraite à prestations déterminées du secteur universitaire. Cette loi impose une restructuration obligatoire du régime de retraite des travailleuses et des travailleurs de l’Université Laval, dont le coût ne doit pas excéder 21 % de la masse salariale des participants. Les parties doivent en arriver à une entente avant 31 décembre 2017, faute de quoi la restructuration du régime sera imposée par un arbitre.

Négociant de bonne foi, le syndicat a accepté de faire des concessions au régime de retraite pour réduire sa valeur de 12,4 millions $ et le rendre conforme à la loi 13. Pour l’employeur, ce n’est pas suffisant : l’université exige 12 millions $ de réductions additionnelles, principalement en diminuant l’indexation des rentes des retraités.

Ce sont donc surtout les personnes actuellement à la retraite qui feraient les frais des coupes additionnelles exigées par l’employeur, ce qui rend sa proposition particulièrement odieuse aux yeux du syndicat. En effet, l’employeur souhaite réduire l’indexation des rentes actuellement versées à 1 600 retraités qui seraient dès lors condamnés à s’appauvrir chaque année. Comme ces coupes ne sont pas nécessaires à l’équilibre du régime, déjà assuré par la proposition syndicale, elles ne serviraient qu’à permettre à l’employeur de réaliser des économies. Les retraités financeraient donc, par des coupes à leur rente, le fonctionnement général de l’université.

Le syndicat dénonce aussi la stratégie patronale qui semble vouloir laisser pourrir les choses jusqu’au 31 décembre 2017, en espérant que l’arbitre éventuellement nommé en vertu de la loi 13 imposera la restructuration qu’il souhaite. Depuis avril 2016, les parties ont eu trente rencontres de négociation, dont vingt en présence d’un conciliateur. Seule la question du régime de retraite a été abordée et l’employeur n’a pas bougé d’un iota sur ses exigences.

Les salariés solidaires des retraités

Notons que les retraités ne sont plus membres du syndicat et qu’officiellement, ce dernier n’a pas l’obligation de les défendre. L’employeur misait certainement là-dessus en proposant de s’attaquer à l’indexation de leur rente. Depuis le début du conflit, plusieurs de ses interventions publiques visent à créer la division entre les employés actuels et les retraités. Mais en rejetant la proposition patronale, les syndiqués ont choisi de ne pas consentir à l’appauvrissement de leurs anciens collègues. Un bel exemple de solidarité intergénérationnelle.

Comprenant que la grève devenait leur seul recours pour faire bouger l’employeur avant la date fatidique du 31 décembre 2017, les travailleuses et les travailleurs ont tenu quelques journées de grève sporadique au début de février avant de débuter, le 21 février 2017, une grève continue. Renouvelée de semaine en semaine, la grève bouleverse plusieurs activités de l’Université Laval. Certaines facultés sont fermées, des services sont interrompus et les inscriptions sont bloquées. Des cours et des examens ont dû être remis. Devant l’immobilisme de l’employeur, le 13 mars 2017, les syndiqués ont aussi organisé une grande manifestation mobilisant plus de 2 000 personnes devant la résidence du recteur Denis Brière, sur Grande Allée, à Québec.

En plus d’avoir participé à plusieurs mobilisations aux côtés des grévistes, les retraités directement concernés par la lutte des employés, ont organisé, le 2 mars dernier, à Québec, une manifestation en appui au syndicat.

Sur le régime de retraite, l’écart entre la proposition patronale et celle du syndicat représente un coût d’environ 300 000 $ par année pour l’Université, ce qui correspond à un maigre 0,4 % d’une masse salariale de 85 millions $. Les travailleuses et les travailleurs ont donc bon espoir de faire entendre raison à leur employeur et sont décidés à se battre aussi longtemps qu’il le faudra pour y arriver.

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