Félix Lapan
Les travailleuses et travailleurs du cimetière Notre-Dame-des-Neiges tentent de négocier le renouvellement de leurs conventions collectives depuis des années. Ceux qui travaillent à l’entretien du cimetière sont en effet sans contrat de travail depuis trois ans, alors que la convention collective des employés de bureau est échue depuis cinq ans. Pour tenter de débloquer la situation, le syndicat qui représente les employés de bureau vient d’adopter à l’unanimité un mandat de grève de 30 jours.
Situé au cœur de Montréal, au pied du Mont-Royal, le cimetière Côte-des-Neiges s’étend sur une superficie de près de 1,4 km carré, ce qui en fait le plus grand cimetière du Canada. Il abrite des scépultures depuis 1855.
Le cimetière est administré par la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal qui, depuis quelques années, a décidé de réduire drastiquement ses dépenses en sabrant dans les conditions de travail de ses salariés. Le virage s’est notamment matérialisé avec l’entrée en fonction d’un nouveau directeur général décidé à réduire les coûts de main-d’œuvre. Cela s’est traduit, au cours des dix dernières années, par la suppression d’environ un tiers des emplois chez les travailleuses et travailleurs chargés de l’entretien du cimetière et par l’élimination d’une dizaine de postes pour les employés de bureau.
Les travailleuses et travailleurs font partie de deux syndicats affiliés à la CSN, qui tentent tous deux de renouveler des conventions collectives échues depuis des années. Le syndicat qui regroupe les travailleuses et travailleurs chargés du fonctionnement et de l’entretien du cimetière compte un peu plus de 90 salariés et celui des employés de bureau en compte un peu moins d’une vingtaine.
Les coupures de postes ont eu pour effet de créer des conditions de travail insoutenables pour les salariés qui se retrouvent constamment en surcharge. Il est vite devenu impossible de maintenir la qualité de l’entretien du cimetière avec un bon tiers d’employés en moins. Des suppressions de postes additionnelles au début de la pandémie ont encore aggravé les choses.
Avec moins d’employés pour assurer son entretien et des coupures de service décrétées par l’employeur pour faire des économies, le cimetière a été recouvert d’herbes longues, de plantes envahissantes et de trous de marmottes qui rendent la circulation difficile et recouvrent certaines tombes. Des pierres tombales sont parfois renversées ou endommagées et le personnel manque pour s’en occuper rapidement. Dans ce contexte, les plaintes de familles ayant des difficultés à circuler dans le cimetière ou qui souhaitent signaler un dommage à un monument funéraire se multiplient. Des familles déposent aussi des demandes pour faire déplacer le corps d’un proche dans un autre cimetière. Les employés de bureau qui restent peinent à répondre à toutes ces plaintes et demandes et leur ambiance de travail est devenue infernale.
Le contrat de travail des employés de bureau a pris fin en 2017. Depuis, ils subissent un gel des salaires jusqu’à la conclusion d’une nouvelle entente avec l’employeur. Ce gel salarial devient particulièrement douloureux avec le taux actuel d’inflation. Les travailleuses et travailleurs chargés de l’entretien subissent le même sort depuis 2019.
Le syndicat des employés de bureau a eu jusqu’ici une trentaine de scéances de négociation avec l’employeur, sans approcher d’une entente. Au départ, l’employeur exigeait une réécriture quasi complète du contrat de travail, des reculs tous azimuts aux conditions de travail et l’abolition du plancher d’emploi. L’employeur souhaitait aussi imposer un gel des salaires pour la durée de la nouvelle convention. Les syndiqués, qui jugent ces exigences farfelues, ne souhaitent que la préservation de leurs acquis et des hausses de salaire à peu près équivalentes à l’inflation pour maintenir leur pouvoir d’achat.
À partir de là, l’employeur n’a montré aucune volonté de négocier réellement et a tout fait pour faire trainer les choses en longueur, espérant sans doute que les employés finiraient par accepter les reculs qu’il voulait leur imposer. L’employeur a en outre utilisé divers moyens d’intimidation contre les syndiqués, en imposant notamment une suveillance accrue et déraisonnable des travailleuses et travailleurs. Il a aussi eu recours à des moyens juridiques pour empêcher ou entraver les moyens de pression des syndiqués et a imposé plusieurs jours de suspension au président du syndicat, une sanction qui semble directement liée aux activités syndicales de celui-ci.
Si les travailleuses et travailleurs ont fait preuve de beaucoup de patience jusqu’à présent, ils n’en sont pas moins déterminés à défendre leurs emplois et leurs conditions de travail. Les employés de bureau ont donc organisé une première journée de grève le 19 juillet 2022, puis une autre le 18 août et encore trois jours autour de la fête du travail de cette année, les 1er, 2 et 6 septembre 2022. Ces moyens de pression ont d’ailleurs entraîné le retrait de certaines demandes de reculs de l’employeur. Toutefois, afin d’amener la Fabrique à négocier réellement, le syndicat des employés de bureau vient d’adopter à l’unanimité, le 6 septembre dernier, un mandat de grève de 30 jours à exercer au moment jugé opportun. Si des progrès significatifs ne sont pas réalisés dès la prochaine séance de négociation, le syndicat pourrait exercer ce mandat à très brève échéance.
De son côté, le syndicat qui défend les travailleuses et travailleurs chargés de l’entretien et du fonctionnement du cimetière reprend ses négociations à l’automne et envisage lui aussi des moyens de pression par la suite.
Souhaitons que la persévérance et la solidarité de ces travailleuses et travailleurs viennent à bout du mépris de l’employeur et leur permettent de protéger leurs emplois, d’améliorer leurs conditions de travail et de faire face à la hausse du coût de la vie.


