Le combat des employé-e-s du Maxi de Lac-Mégantic

Nathalie Brière

Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que les salarié-e-s ont accepté à 74 % une entente de principe avec l’employeur, pour les 7 prochaines années, mettant fin à la grève. En plus, notamment, du retour de la prime du régime de retraite et de l’augmentation de certaines autres primes, les salarié- e-s obtiennent une augmentation de salaire de 6,2 % pour la première année, situant maintenant le salaire de base à 17,30 $ de l’heure. Bravo pour cette victoire !

Après avoir refusé à 95 % l’offre de leur employeur, environ 70 travailleuses et travailleurs du Maxi de Lac-Mégantic sont en grève illimitée depuis le 22 juillet 2022.

Alors que la convention collective des caissières, caissiers et commis de ce magasin est échue depuis avril 2022, les offres salariales sont au cœur du conflit.  Ces salarié-e-s, qui gagnent majoritairement entre 14,48$ et 16,31$ de l’heure, sont moins payés comparativement à d’autres succursales de la chaîne.  Les offres salariales de Loblaws, maison-mère des magasins Maxi, varient en moyenne entre 2% à 2.25% pour les 7 prochaines années. Jugée nettement insuffisante par la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) qui représente ces travailleuses et travailleurs, l’offre de règlement est de loin inférieure à l’inflation qui est en moyenne de plus de 7% depuis avril 2022.  Il s’agit donc pour le syndicat et ses membres d’un flagrant manque de respect de la part de l’employeur. L’offre équivaut, en effet, à une baisse du niveau de vie pour ces personnes qui devront composer avec une augmentation du coût de la vie beaucoup plus élevée en regard de cette infâme augmentation de salaire proposée par l’employeur.  

Il ne faut pas non plus oublier qu’environ 75% des personnes qui travaillent chez Maxi sont des femmes, alors que 50% sont des travailleuses et travailleurs à temps partiel. Lorsqu’on sait également que les femmes gagnent en moyenne 91% du salaire des hommes, on peut se demander si l’employeur joue cette carte pour éviter d’offrir un meilleur salaire ou si l’offre est simplement représentative du milieu du commerce de détail où les conditions salariales sont généralement insuffisantes.

Les pratiques douteuses de l’employeur

Dans le contexte de l’inflation actuelle que l’on connait, il est particulièrement choquant de constater que Loblaws voit ses profits augmenter de 40 % en comparaison de l’année dernière, dépassant même le meilleur rendement depuis 5 ans, et que la rémunération de son PDG a augmenté de près de 2 millions de dollars au cours de la dernière année.  Pendant ce temps, l’entreprise refuse d’octroyer à ses travailleuses et travailleurs des augmentations de salaire décentes qui leur permettraient de faire face au coût élevé de la vie, que l’on pense notamment à la hausse du prix des logements et de l’alimentation.  De ce constat, le plus ironique est surtout le fait que les travailleuses et travailleurs de ce Maxi devront se tourner vers les banques alimentaires pour boucler leur fin de mois!

Notons, par ailleurs, que le Tribunal administratif du travail a récemment condamné Loblaws à payer à la CSD une amende de 5 000 $, à titre de dommages punitifs, pour être contrevenu au Code du travail. Une plainte avait, en effet, été déposée contre l’employeur pour avoir outrepassé ses droits en communiquant directement avec les salariés, sans passer par le syndicat, à un moment crucial des négociations, soit tout juste avant le déclenchement de la grève.

Malgré quelques rencontres en conciliation depuis le début de la grève, les négociations sont au point mort.  De son côté, l’employeur n’a pas répondu aux dernières offres du syndicat et ne semble pas, non plus, vouloir justifier des propositions d’augmentation de salaire aussi honteuses.

La mobilisation

Dès le début de la grève, le syndicat a mis sur pied un comité de relocalisation pour aider les grévistes à se trouver un emploi ailleurs sur le marché du travail et ainsi leur éviter d’être touchés par la grève. Grâce à ce programme, les salarié-e-s intéressés ont pu recevoir l’aide nécessaire pour mettre à jour leur CV et effectuer des recherches d’emploi sur des plate-formes en ligne afin d’y déposer leur candidature. Cette stratégie a porté fruit, puisque la majorité des travailleuses et des travailleurs en grève ont réussi à se trouver un nouvel emploi.  Dans la majorité des cas, leur salaire est même plus élevé que celui versé par Maxi, ce qui explique pourquoi plusieurs ne pensent pas retourner travailler chez Maxi après la fin de la grève.

Malgré tout, les travailleuses et travailleurs en grève gardent le moral. Même celles et ceux qui ont trouvé un nouvel emploi, viennent appuyer les grévistes en se relayant sur la ligne de piquetage au moins une fois par semaine. En prévision de la saison froide à venir, une roulotte a aussi été installée pour aider à poursuivre le combat durant les intempéries. Le soutien de la population locale envers les travailleuses et les travailleurs mérite également d’être souligné compte tenu du fait que la fermeture de la seule épicerie « bon marché » de la région représente un coup dur pour la population vulnérable de la région.

C’est aussi la raison pour laquelle des citoyens de Lac-Mégantic ont lancé une pétition demandant aux élus de la région, tant au niveau municipal que provincial, de prendre action pour « conserver leur Maxi » en s’assurant que les grévistes retrouvent également leur emploi dans des conditions dignes.

Pour l’instant, bien que rien ne semble vouloir débloquer, il n’en demeure pas moins que les travailleuses et travailleurs en grève ne baisseront pas les bras. Malgré une deuxième grève en 6 ans pour certains d’entre eux, le combat pour un juste salaire, librement négocié, demeure une question de principe pour laquelle il n’est pas question d’abandonner.

Si vous souhaitez être solidaires de la cause des travailleuses et travailleurs en grève du Maxi de Lac-Mégantic, vous pouvez transmettre des messages d’appui ou encore faire parvenir un don en contactant Bernard Cournoyer, conseiller syndical à la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) à l’adresse suivante : cournoyerb@csd.qc.ca.

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