Maladies du travail en bref
Septembre 2015

Le syndrome du tunnel carpien : une maladie souvent causée par le travail

Félix Lapan

Mireille travaille comme caissière dans un supermarché depuis plusieurs années. Chaque jour, elle passe des milliers d’articles sur le lecteur optique en se servant de sa main gauche. Depuis quelques semaines, elle ressent des picotements dans trois doigts de la main gauche. Ces sensations deviennent de plus en plus fréquentes et douloureuses. Elle a même commencé à se réveiller la nuit, avec l’impression qu’un côté de sa main gauche brûlait. N’en pouvant plus, elle consulte son médecin et le diagnostic tombe : elle souffre d’un syndrome du tunnel carpien et doit cesser le travail.

Au centre du poignet se trouve un espace appelé le « tunnel carpien » qui permet le passage du nerf médian du poignet à la main. Ce nerf est essentiel à la sensibilité et au mouvement des doigts. Le syndrome du tunnel carpien (qu’on nomme aussi « syndrome du canal carpien ») est une condition médicale causée par la compression du nerf médian, souvent à cause de l’inflammation d’un ligament ou des tendons du poignet. En enflant, les tendons prennent du volume, ce qui réduit l’espace du tunnel carpien, et exerce une pression sur le nerf médian.

Des gens de tous âges peuvent être touchés, mais les personnes de plus de 50 ans sont plus à risques. Les femmes sont environ trois fois plus nombreuses que les hommes à en être victimes.

Le syndrome du tunnel carpien peut affecter une seule main ou les deux en même temps. Il entraîne une panoplie de symptômes tels que des engourdissements, picotements, douleurs, faiblesse ou restriction des mouvements, sensations de brûlure ou de chocs électriques, ou diminution de la sensibilité. Ces symptômes affectent principalement le pouce, l’index et le majeur, mais ils peuvent s’étendre à toute la main et même à tout le bras jusqu’à l’épaule. Les symptômes se manifestent souvent la nuit, entraînant de fréquents réveils de la victime.

Quand ces symptômes sont présents, un électromyogramme (EMG) est souvent prescrit pour confirmer le diagnostic.

Les causes d'origine professionnelle

Le syndrome du tunnel carpien est souvent d’origine professionnelle. Il peut être causé par la répétition de mouvements de la main, du poignet et de l’avant-bras durant des périodes prolongées, par des gestes de prise serrée avec la main, par des postures contraignantes prolongées du poignet ou de la main, par un traumatisme ou des impacts au poignet ou par la manipulation d’outils vibrants.

Plusieurs métiers sont associés à des risques importants de développer le syndrome du tunnel carpien. C’est notamment le cas des préposés à l’entretien ménager, des caissiers et caissières, des coiffeurs et coiffeuses, des employés de l’industrie alimentaire, des personnes qui travaillent sur une chaîne de montage, des serveurs et serveuses, des opératrices de machine à coudre, des chauffeurs de camion et d’autobus, des peintres et des personnes qui travaillent de nombreuses heures à l’ordinateur, avec emploi du clavier et de la souris.

On doit souligner que le syndrome du tunnel carpien peut aussi être associé à des conditions autres que le travail, telles que la grossesse, la ménopause, le diabète, une maladie rhumatoïde, l'hypothyroïdie. La présence de tels facteurs rend évidemment plus difficile la reconnaissance de la maladie à titre de maladie professionnelle par la CSST.

Les traitements possibles

Pour traiter le syndrome du tunnel carpien, les médecins prescrivent habituellement la mise au repos de la main et du poignet, ce qui implique généralement un arrêt de travail. Il est aussi possible de porter une attelle pour immobiliser le poignet, y compris pendant la nuit. Des médicaments anti-inflammatoires peuvent aussi s’avérer efficaces, tout comme l’injection de cortisone.

Quand ces traitements se révèlent inefficaces, il peut être nécessaire de procéder à une chirurgie de décompression du tunnel carpien. En pratiquant une incision sur le ligament carpien transverse, on diminue la pression exercée sur le nerf médian, soulageant ainsi la victime.

Malheureusement, même si le syndrome du tunnel carpien a été traité, le retour au travail dans les mêmes conditions provoque fréquemment la récidive. Une amélioration des conditions ergonomiques au travail ou un changement d’emploi est donc souvent nécessaire.

Difficultés à faire reconnaitre

Même si l’origine professionnelle du syndrome du tunnel carpien est largement connue, il n’est généralement pas facile de le faire reconnaitre par la CSST et d’obtenir une indemnisation. Le Québec est très en retard à ce sujet par rapport à la majorité des autres législations dans le monde.

En effet, beaucoup de régimes d’indemnisation de lésions professionnelles du monde reconnaissent le syndrome du tunnel carpien parmi les maladies causées par les mouvements répétitifs, par les vibrations et par les impacts. Au Québec, le syndrome du tunnel carpien n'est pourtant pas inclu dans la liste des maladies professionnelles. Toute tentative de modifier cette liste, qui n’a pas changé depuis 1985, se heurte à la résistance des patrons.

Cette situation entraîne énormément de refus de réclamation pour syndrome du tunnel carpien par la CSST. Pour prouver que leur maladie est causée par leur travail, les victimes doivent alors contester et fournir une preuve, souvent de nature scientifique, que les risques particuliers de leur travail ont causé la lésion.

Les conséquences de ces refus peuvent être dramatiques, privant d’indemnisation les victimes devenues incapables de faire leur travail, mais rend également très difficile l'obtention de changements de conditions de travail ou de réadaptation professionnelle nécessaire pour éviter les récidives.

Il est plus que temps que la liste des maladies professionnelles reconnues au Québec soit mise à jour et qu’on y intègre enfin le syndrome du tunnel carpien.

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Félix Lapan travaille à l'uttam.

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