Maladies du travail en bref
Janvier 2013

Les troubles musculosquelettiques reliés au travail de bureau

Dr Louis Patry

Les problèmes de santé reliés au travail de bureau ne datent pas d’hier. Dès 1850, la littérature médicale décrit une des premières maladies professionnelles, la crampe de l’écrivain, que l’on associe au maintien prolongé de la plume. Puis, apparaissent au début du 20e siècle la crampe du télégraphiste, la main de la sténographe et les états de dépression nerveuse chez les téléphonistes qui devaient compléter une communication à toutes les 3 secondes.

Clavier Les choses ne se sont pas arrangées avec l’arrivée de l’informatique dans les bureaux. Si le travail est devenu plus sédentaire, il demande une plus grande attention et implique davantage les processus cognitifs. Les pressions constantes de rendement, les contraintes de temps et le faible pouvoir décisionnel des travailleuses et des travailleurs peuvent aussi contribuer à l’apparition ou l’augmentation de problèmes de santé chez le personnel de bureau.

Le travail de bureau est susceptible d’engendrer de multiples lésions, comme la fatigue visuelle ou asthénopie, les problèmes de santé causés par des facteurs psychosociaux ou ceux reliés à la qualité de l’air intérieur. Cet article se limitera toutefois aux lésions musculosquelettiques, qui sont certainement les plus fréquentes.

Troubles musculosquelettiques

Depuis la description, en 1974, du premier cas de troubles musculosquelettiques reliés à l’utilisation des terminaux à écran de visualisation, le nombre de cas rapportés n’a cessé de progresser. Il existe actuellement un large consensus dans la documentation scientifique à l’effet que les postures contraignantes, associées à l’aménagement inadéquat du poste de travail, à une charge de travail élevée et à la répétition de mouvements, seraient des facteurs déterminants dans l’apparition de troubles musculosquelettiques (Bergqvist,U,1995, Kuorinka,I. et al 1995; Hultgreen et al, 1974).

Parmi les troubles musculosquelettiques les plus fréquemment rapportés, on retrouve :

  • le syndrome de tension cervicale (« Tension neck syndrome »);
  • la tendinite de la coiffe des rotateurs;
  • l’épicondylite;
  • les tendinites des fléchisseurs ou des extenseurs du poignet et des doigts;
  • les syndromes de compression nerveuse au niveau du canal carpien, du canal de Guyon et de la gouttière cubitale.
Informer son médecin

Pour la reconnaissance d’une maladie du travail par la CSST, l’opinion de son médecin peut jouer un rôle déterminant. Il est donc important que la travailleuse ou le travailleur de bureau qui développe des douleurs au cou ou aux membres supérieurs veille à bien informer son médecin. Il est essentiel que le médecin se fasse une bonne idée des conditions de travail pour pouvoir identifier s’il s’agit d’un trouble musculosquelettique causé par le travail. Il est donc essentiel de décrire à son médecin :

Où vous travaillez : quel est l’environnement physique du travail;

Ce que vous faites comme travail : quelle est votre tâche principale, quelles sont vos tâches secondaires;

Comment votre poste de travail est aménagé : comment vous êtes installé pour travailler et où se trouvent vos outils de travail;

Quand les symptômes ont-ils débutés : il faut situer dans le temps le début des symptômes, en précisant s’ils sont apparus de façon progressive ou subite, et décrire comment évolue la douleur en dehors du temps de travail (la nuit, les fins de semaine, pendant les vacances, etc.);

Dans quelles circonstances les symptômes se sont-ils manifestés : identifier les activités ou les conditions de travail qui ont pu contribuer à l’apparition ou à l’aggravation des symptômes en mentionnant si l’employeur a introduit de nouveaux équipements, de nouvelles méthodes de travail ou des changements organisationnels.

L’aménagement du poste de travail

L’aménagement du poste de travail est le facteur principal du développement des troubles musculosquelettiques.

Il faut décrire en détail l’aménagement du poste de travail et situer la disposition des différents outils de travail comme le clavier, l’écran, l’ordinateur, la souris, le porte-copie, le téléphone, etc. Avoir des photos de soi installé à son poste de travail peut être fort utile. Les troubles musculosquelettiques surviennent généralement quand l’aménagement et la posture de travail ne sont pas adéquats.

Idéalement, la partie supérieure de l’écran d’ordinateur doit se situer à la hauteur des yeux et la distance entre l’œil et l’écran doit être d’environ 70 cm. Le clavier doit se trouver à la hauteur des coudes, quelques centimètres sous les doigts. La souris doit être à la même hauteur que le clavier. La chaise, les accoudoirs et le dossier doivent être positionnés de façon à assurer la meilleure posture possible.

Une posture de travail adéquate implique une position symétrique et détendue des épaules avec les bras le long du corps. Le dos doit former un angle d’environ 90 à 100 degrés avec la cuisse et la flexion bras/avant bras doit se trouver dans un angle d’environ 90 degrés. Les jambes doivent pouvoir bouger sous le bureau.

C’est généralement quand on s’éloigne de cet aménagement idéal que les troubles musculosquelettiques apparaissent. Notons toutefois que même si le poste est bien aménagé, des troubles musculosquelettiques peuvent se développer en raison de la répétitivité du travail. La durée quotidienne de travail à l’ordinateur ne devrait jamais dépasser 5 heures par jour et même une posture confortable doit être modifiée régulièrement.

Conclusion

Les ordinateurs sont devenus des outils incontournables dans le monde du travail. Ils sont devenus omniprésents dans les lieux de travail. Devant cette nouvelle réalité, il est essentiel d’intégrer des mesures pour prévenir l’apparition de symptômes ou le développement d’atteintes à la santé. L’adage ne dit-il pas qu’il vaut mieux prévenir que guérir…

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Sur les troubles autres que musculosquelettiques, voir Plusieurs maladies peuvent être liées au travail de bureau

Sur les troubles musculosquelettiques en général, voir Les troubles musculosquelettiques : un problème toujours aussi préoccupant

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Dr Louis Patry MD, FRCP, CSPQ, DEA travaille à la Clinique de médecine du travail et de l’environnement du CHUM et au CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Santé au travail. Il est médecin spécialiste en médecine du travail et ergonome.

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