Maladies du travail en bref
Mars 2016

Les outils vibrants et leurs effets sur la santé

Dre Martine Baillargeon
Dr Louis Patry

Les outils vibrants, qu’ils soient électriques ou pneumatiques, rotatifs ou à percussion, peuvent transmettre d’importantes vibrations aux mains et aux bras. Ces vibrations peuvent également être transmises par des pièces travaillées que l’opérateur tient dans ses mains ainsi que par les commandes manuelles de véhicules.

Outils vibrants Les principaux secteurs touchés par l'utilisation régulière d'outils vibrants sont les mines, les bâtiments et travaux publics, les fonderies, la métallurgie, l’industrie forestière, l’industrie du meuble, le secteur automobile et le secteur de l’aéronautique.

Les vibrations peuvent à la longue causer d’importantes atteintes, principalement au niveau des mains. Celles-ci peuvent être permanentes et occasionner beaucoup de difficultés à réaliser certaines tâches au travail, comme celles qui nécessitent la manipulation de petits objets, la préhension d’outils ou la capacité de travailler au froid. Ces atteintes vont également avoir des répercussions dans la vie de tous les jours, rendant certaines activités courantes plus difficiles, comme boutonner sa chemise, couper sa viande, ou faire des activités à l’extérieur, comme laver sa voiture ou aller à la pêche. Ces problèmes de santé, regroupés sous l’appellation de syndrome vibratoire, sont décrits plus loin.

Situations à risque

De façon générale, le risque d’atteinte à la santé augmente en fonction du temps d’exposition aux vibrations et de l’intensité des vibrations émises par les outils.

Même si la réglementation québécoise en santé et sécurité du travail ne précise pas de norme portant sur l’exposition aux vibrations segmentaires, les directives européennes sur les limites d’exposition à respecter sont considérées, par le Réseau de santé publique en santé au travail du Québec, comme les seuils d’action qui devraient être respectés pour protéger le plus possible la santé des travailleurs.

Ainsi, l’utilisation d’un outil générant de fortes vibrations, tels que des clés à chocs, des scies mécaniques ou des marteaux piqueurs, ne devrait pas dépasser 30 minutes par jour. L’utilisation d’outils dont les vibrations sont modérées, tels des ponceuses, meuleuses ou débrousailleuses, ne devrait pas être de plus de deux heures par jour.1

Certains facteurs auxquels les travailleurs peuvent être exposés dans le cadre de leur travail peuvent augmenter le risque de développer les atteintes aux mains. Par exemple, certains produits chimiques peuvent également affecter les vaisseaux sanguins ou les nerfs. La présence de froid et d’humidité, la nécessité d’exercer une force sur l’outil ou encore l’utilisation des outils à bout de bras, sont également des facteurs aggravants. Enfin, l’exposition à des vibrations dans la vie personnelle, comme lors d’activités de bricolage, ou lors de certaines activités de loisirs, comme par exemple l’utilisation de motocyclettes ou de VTT, ou encore le fait de fumer ou la prise de certains médicaments, contribuent à augmenter le risque pour la santé.

Effets à la santé

Les symptômes du syndrome vibratoire se développent habituellement après plusieurs années d’exposition régulière aux vibrations segmentaires. Dans certains cas, ils pourraient apparaître très rapidement, après seulement quelques mois d’exposition, ou encore parfois les premiers symptômes pourraient apparaître jusqu’à un an après l’arrêt de l’exposition.

Le syndrome vibratoire comprend trois types d’atteintes qui peuvent se présenter et évoluer, ensemble ou indépendamment les unes des autres et à des rythmes différents.

Atteinte neurologique

L’atteinte des nerfs se manifeste par des engourdissements et des picotements dans les doigts qui persistent durant plus de 30 minutes après l’arrêt de l’utilisation de l’outil. Ceci entraîne des difficultés à bien sentir les objets lorsqu’on les manipule, particulièrement s’ils sont petits, et des difficultés à percevoir leur température, soit s’ils sont chauds ou froids. C’est l’atteinte la plus fréquente et souvent celle qui apparaît la première. Un syndrome du canal carpien peut également se développer avec l’utilisation des outils vibrants (combinaison des facteurs biomécaniques liés à l’effet des vibrations).

Atteinte vasculaire

L’atteinte vasculaire se présente de façon caractéristique par des crises de blanchiment épisodique des doigts, nommées couramment « crise de doigts blancs » ou « phénomène de Raynaud ». La crise survient habituellement lors de l’exposition au froid, par exemple durant l’hiver, ou encore lors de la manipulation d’un objet froid, comme tenir un verre rempli avec un liquide froid. Les crises peuvent également survenir par des températures moins froides mais très humides, comme par exemple à l’automne, ou encore lors de l’exposition à l’air climatisé.

Cette phase de blanchiment témoigne d’un spasme des vaisseaux sanguins et s’accompagne souvent d’engourdissements des doigts. Elle est parfois suivie d’une phase durant laquelle les doigts deviennent bleutés. Lorsque la circulation revient, spontanément ou après réchauffement des mains, les doigts deviennent rouges et sont souvent douloureux. Le retour à la normale se fait progressivement. La crise peut durer de quelques minutes à une heure ou plus.

Au début, ces crises surviennent seulement au bout des doigts atteints. Au fur et à mesure que la condition progresse, la région du doigt qui devient blanche augmente jusqu’à affecter tout le doigt, les crises deviennent de plus en plus fréquentes et se manifestent lors de situations plus anodines, par exemple à l’exposition à un vent frais l’été. Rarement, il peut y avoir des ulcères au bout des doigts.

Atteinte musculosquelettique

Les travailleurs ayant une atteinte musculosquelettique se plaignent habituellement de douleurs articulaires, de raideur au niveau de la main et d’une diminution de la force. Les doigts peuvent être enflés et devenir boudinés.

Les atteintes liées au syndrome vibratoire sont habituellement progressives si l’exposition aux vibrations continue. La vitesse à laquelle le syndrome évolue varie selon les individus, mais, une fois installé, il est le plus souvent irréversible. Les symptômes vasculaires (crises de doigts blancs) peuvent s’améliorer après une diminution ou un arrêt de l’exposition aux vibrations chez des patients jeunes (moins de 45 ans), et lorsque l’atteinte n’est pas trop avancée. Les douleurs au niveau des mains peuvent diminuer. On note habituellement peu d’amélioration des symptômes neurologiques (engourdissements).

Prévention

Il importe d’abord et avant tout d’éliminer ou de réduire le risque lié à l’utilisation d’outils vibrants le plus possible.

Les principales mesures de prévention touchent d’abord le choix de l’outil (outil moins vibrant, adapté à la tâche, etc.), son entretien, l’utilisation d’accessoires (meule, burin, etc.) adaptés et en bon état. Le temps d’utilisation d’outils vibrants devrait être diminué le plus possible et les tâches alternées avec d’autres ne nécessitant pas l’utilisation de tels outils.

Il est également important d’adopter une bonne posture de travail, d’éviter de travailler à bout de bras ou dans une position instable. La force utilisée pour prendre l’outil ou pour pousser devrait être la plus petite possible, laissant ainsi l’outil faire le travail et le guidant.

Enfin, il est très important d’éviter de fumer et de conserver les mains au chaud et au sec.

Conclusion

En conclusion, les atteintes à la santé liées à l’utilisation d’outils vibrants sont fréquentes et peuvent entraîner beaucoup d’incapacités, tant au travail que dans les activités de la vie quotidienne. Le meilleur moyen de les éviter reste la prévention.

Si vous ressentez des symptômes qui pourraient être liés à l’utilisation d’outils vibrants, il est important de consulter votre médecin.

Que faire avant la consultation avec votre médecin?

Documentez l’exposition aux outils vibrants :

Que faites-vous comme travail?
Depuis combien de temps utilisez-vous des outils vibrants?
Quels sont les outils que vous utilisez?
Combien d’heures par jour environ les utilisez-vous?

Si vous avez des « crises de doigts blancs » :

Quand est-ce arrivé la première fois?
Dans quelles circonstances avez-vous des crises (hiver, été, durant quelle activité, etc.)?
Combien de temps les crises durent-elles?
Que ressentez-vous lorsque vos mains se réchauffent?
À quelle fréquence ces crises se produisent-elles (ex. à tous les jours l’hiver, à chaque fois que je touche un objet froid)?
Prenez une photo avec votre téléphone cellulaire de vos mains lors de la crise ou faites un schéma des doigts atteints.

Si vous avez des engourdissements ou des picotements des doigts en dehors des « crises de doigts blancs » :

Quand est-ce arrivé la première fois?
Dans quelles circonstances avez-vous des crises (hiver, été, durant quelle activité, la nuit, etc.)?
Combien de temps les crises durent-elles?
Faites un schéma des doigts atteints

Si vous ressentez de la douleur ou de la raideur au niveau des mains ou avez noté de l’enflure :

Indiquez l’endroit (quels doigts, poignet, etc.).

Incapacités :

Notez les choses que vous avez de la difficulté à faire, soit au travail ou dans votre vie de tous les jours (ex. tenir mon outil, boutonner ma chemise, prendre un sac d’épicerie, etc.).

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Quelques références

1 Réseau de santé publique en santé au travail. Les risques d’exposition aux vibrations au système mains-bras - Aide-mémoire pour les travailleurs et Les risques d’exposition aux vibrations au système mains-bras - Aide-mémoire pour les employeurs. Équipes de santé au travail.

2 Turcot A. Le syndrome vibratoire, une maladie sournoise. Le médecin du Québec 2005; 40(4) : 95-9.

3 Communauté européenne. Guide des bonnes pratiques en matière de vibrations mains-bras. 2006.

4 Health and safety executive. The control of Vibration at Work Regulations 2005. Guidance on regulations. 2005.

5 World Health Organization. Occupational exposure to vibration from hand-held tools : a teaching guide on health effects, risk assessment and prevention. Protecting workers health series no 10, 2009.

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Dre Baillargeon MD, FRCS, CSPQ, DESS, travaille à la Clinique de médecine du travail et de l’environnement du CHUM, CIUSSS Centre-Sud de Montréal, Santé au travail.

Dr Patry FRCP, CSPQ, DEA, travaille à la Clinique de médecine du travail et de l’environnement du CHUM, CIUSSS Centre-Sud de Montréal, Santé au travail.

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