Maladies du travail en bref
Février 2019

L’impact des poussières de bois sur la santé des travailleuses et travailleurs

Norman King

Nous aimons tous les meubles en bois. Ils sont chaleureux, naturels et beaux à regarder. Mais qu’en est-il de l’impact des poussières de bois sur celles et ceux qui fabriquent ces meubles magnifiques?

Poussières de bois Bien que l’on puisse être tenté de penser que les poussières de bois, qui sont tout de même un produit naturel, ne sont pas nocives pour la santé, la réalité est tout autre.

Tout d’abord, il est important de comprendre que plusieurs métiers et types d’activités peuvent exposer les travailleuses et les travailleurs aux poussières de bois. En effet, dès que l’on transforme le bois par sciage, rabotage ou sablage par exemple, des poussières de bois seront dégagées dans l’air. Si elles ne sont pas captées à leur source même, elles peuvent avoir plusieurs effets sur la santé.

Une exposition aux poussières de bois peut causer des symptômes d’irritation aux yeux, au nez ou à la gorge. Elle peut aussi causer plusieurs symptômes respiratoires tels que l’essoufflement ou encore le mal de gorge. Une irritation de la peau est également possible.

Des maladies plus graves peuvent aussi se développer à la suite d’une exposition prolongée à des poussières de bois. Par exemple, certaines espèces de bois, notamment le cèdre rouge de l’ouest, sont allergènes et peuvent causer de l’asthme chez les travailleurs exposés.

Une exposition brève aux poussières de bois (quelques heures ou quelques jours) peut entraîner le développement de la pneumonite d’hypersensibilité. Souvent confondue avec un rhume ou une grippe en raison de ses symptômes (frissons, sueurs, maux de tête, nausées, essoufflement, etc.), cette maladie est causée par des moisissures qui contaminent le bois et non par le bois lui-même.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et plusieurs autres organisations reconnaissent que la poussière de bois est un cancérigène pour l’homme. Ce ne sont pas les poussières de toutes les espèces qui sont cancérigènes, mais plutôt les poussières provenant de bois francs comme le chêne et le hêtre. Les cancers causés par ces types de poussières sont le cancer du nez, des sinus paranasaux et du nasopharynx (partie supérieure de la gorge derrière le nez).

Il est donc évident que des moyens de prévention rigoureux doivent être mis en place dans les milieux de travail pour éviter ces maladies professionnelles.

Tout d’abord, il est essentiel de connaître l’espèce de bois avec laquelle on travaille car, comme nous l’avons vu, certaines espèces présentent plus de dangers que d’autres. En présence d’une espèce qui cause l’asthme ou qui est reconnue comme pouvant causer le cancer, l’idéal est d’éliminer le problème à la source en utilisant une autre espèce de bois non allergène et non cancérigène, quand c’est possible.

Il est également essentiel d’avoir un système de ventilation très efficace pour chaque machine ou outil qui génère des poussières de bois (aspiration des poussières à la source) ainsi qu’un système de ventilation générale qui effectue les changements d’air de tout l’atelier de travail requis par la réglementation.

En effet, le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST) est très clair à ce sujet. L’article 107 précise que toute source ponctuelle d’émission de poussières à un poste de travail fixe doit être pourvue d’un système de ventilation locale destiné à capter à la source même ces poussières. Ici, la notion de capter à la source les poussières est essentielle, car ceci veut dire que les poussières sont éliminées de l’environnement de travail avant de passer près de la zone respiratoire de la travailleuse ou du travailleur.

De plus, les systèmes de ventilation mécaniques dans les usines de bois doivent être en mesure de fournir deux changements d’air frais à l’heure. En d’autres mots, le système de ventilation dans une usine de bois doit être en mesure de remplacer l’air de l’usine avec de l’air frais venant de l’extérieur à toutes les 30 minutes.

Dans le cas où des analyses de la qualité de l’air démontrent que le système de ventilation n’est pas suffisant pour capter toutes les poussières, le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail recommande le port d’un équipement de protection respiratoire ainsi que des vêtements de protection et des gants pour protéger la peau. Si ces équipements peuvent réduire les risques pour les travailleuses et les travailleurs, ils ne remplacent toutefois pas des systèmes de ventilation réellement efficaces. Ces équipements ne doivent donc être que des mesures temporaires, en attendant l’installation d’une ventilation performante, ce qui doit être fait le plus rapidement possible.

Pour le nettoyage des lieux, il faut utiliser des méthodes humides ou un aspirateur à filtre HEPA (haute efficacité) pour éviter de disperser des poussières de bois dans l’air. Il ne faut jamais utiliser des jets d’air comprimé pour enlever la poussière des meubles ou autres surfaces.

Le RSST encadre aussi les niveaux d’exposition permis aux poussières de bois. Pour le cèdre rouge de l’ouest, un allergène, la norme est de 2,5 mg par mètre cube pour 8 heures d’exposition alors que pour les autres essences de bois, elle est de 5 mg par mètre cube. Ceci est en contraste avec les recommandations américaines qui sont cinq fois plus sévères que la norme québécoise. Autre lacune majeure du RSST : il n’ajoute pas la notation cancérigène démontré pour l’humain à côté de l’entrée pour les poussières de bois. Pourtant, les poussières du chêne et du hêtre sont reconnues cancérigènes par le CIRC et plusieurs autres organismes; même le répertoire toxicologique de la CNÉSST le reconnaît.

En terminant, mentionnons que la liste des maladies professionnelles prévues par la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP) est elle aussi désuète puisque les cancers du nez, des sinus paranasaux et du nasopharynx causés par une exposition aux poussières de chêne et de hêtre n’y sont pas inclus, ce qui rend beaucoup plus difficile la reconnaissance de ces maladies professionnelles.

En conclusion, les effets sur la santé d’une exposition aux poussières de bois sont bien documentés et les moyens de prévention efficaces existent. Toutefois, en ce qui concerne les politiques publiques, il existe des lacunes importantes au Québec, autant avec les normes d’exposition prévues à la réglementation qu’avec la liste des maladies présumées comme étant d’origine professionnelle prévues par la loi.

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Références

Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail, Poussières de bois - Effets sur la santé, mise à jour du 3 août 2017.

CNÉSST, Répertoire toxicologique - Poussières de bois pouvant causer le cancer

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Norman King est détenteur d'une Maîtrise ès sciences en Épidémiologie.

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