Maladies du travail en bref
Avril 2019

La tendinopathie épicondylienne (épicondylite)

Dr Louis Patry

Depuis plus d’un an, Mireille est à l’emploi d’une compagnie qui fait l’entretien ménager de bureaux et d’établissements commerciaux. Elle doit donc notamment épousseter et nettoyer diverses surfaces, passer le balai et laver des planchers. Son travail implique des efforts et des mouvements répétitifs des bras, des poignets et des mains. Elle doit de plus régulièrement tordre les linges humides qu’elle utilise pour le nettoyage.

Depuis deux mois, Mireille doit faire du temps supplémentaire et exécuter davantage de tâches pour remplacer une collègue malade. Elle travaille donc plus que jamais. Mais au bout de quelques semaines de ce nouveau régime, elle ressent des douleurs aigües au coude droit qui irradient vers le poignet. Peu à peu, ces douleurs deviennent de plus en plus intenses et fréquentes dès qu’elle force de la main ou du bras, à tel point qu’elle a de plus en plus de mal à travailler. Mireille consulte finalement son médecin, qui diagnostique une tendinopathie épicondylienne (épicondylite) et prescrit un arrêt de travail.

Les tendinopathies du coude constituent une pathologie fréquente qui affecte de 1 à 3 % de la population générale. Celle qui touche principalement l’épicondyle externe, aussi connue sous le nom de « tennis elbow » ou « épicondylite », est la plus fréquente (90 % des cas). Elle affecte les hommes et les femmes dans les mêmes proportions. Elle correspond à une souffrance des tendons des muscles qui s’insèrent sur l’épicondyle externe.

Rappel anatomique

Il est important, dans un premier temps, de rappeler que les différentes articulations du membre supérieur (soit l’épaule, le coude et le poignet) travaillent en harmonie. Elles ont comme principale fonction de positionner l’avant-bras et la main pour qu’une personne puisse effectuer un geste ou exercer un effort.

ÉpicondyliteL’épicondyle est un petit relief osseux de l’humérus (un os du bras) situé au-dessus de l’articulation du coude, à la face externe du bras. Les muscles qui s’insèrent sur l’épicondyle ont pour rôle principal l’extension du poignet et des doigts. Ils participent également à la supination de l’avant-bras et travaillent en collaboration avec les muscles fléchisseurs du poignet pour stabiliser ce dernier afin de développer une force maximale au niveau de la main.

Mécanismes lésionnels

Les connaissances actuelles indiquent que « l’épicondylite au coude » n’est pas une lésion inflammatoire, mais plutôt une atteinte dégénérative du tendon associée à des micro-déchirures, une désinsertion progressive du tendon et un phénomène de cicatrisation pathologique. Ainsi, comme il y a peu de phénomène inflammatoire, il est préférable d’utiliser le terme de tendinopathie épicondylienne au lieu de celui d’épicondylite.

Les douleurs sont habituellement déclenchées par la mise en tension des tendons qui s’insèrent sur l’épicondyle externe. Les activités manuelles, principalement celles qui impliquent la répétition de mouvements du poignet, l’application d’une force, des gestes de préhension le poing serré (par exemple tenir un outil ou un objet) ou encore les activités qui sollicitent la rotation de l’avant-bras (des activités de vissage par exemple) sont les plus susceptibles d’affecter les tendons épicondyliens.

Présentation clinique

Au questionnaire, la personne affectée par une tendinopathie épicondylienne se plaint généralement d’une douleur localisée sur la face latérale du coude, souvent avec une irradiation sur l’avant-bras. L’intensité de la douleur peut être variable. Elle se plaint d’une diminution de la force de préhension, d’une douleur provoquée par des activités manuelles et par celles de la vie quotidienne. Des gestes simples comme serrer la main, se raser, porter un sac d’épicerie ou même soulever une tasse de café déclenchent les symptômes.

Le diagnostic de la tendinopathie épicondylienne au coude est généralement clinique, c’est-à-dire qu’il peut être posé par le médecin à partir de ses observations : la réalisation d’examens complémentaires n’est pas indispensable.

À l’examen clinique, on retrouve :

  • une douleur à la palpation de la région épicondylienne;
  • une accentuation de la douleur par la mise en tension ou l’étirement des muscles qui s’insèrent sur l’épicondyle externe;
  • une douleur exacerbée par des mouvements de supination contre résistance.
Supination
Indication des examens complémentaires

L’échographie peut être utile dans

  • les formes subaiguës ou chroniques, pour repérer une rupture partielle du tendon ou pour évaluer l’importance des lésions;
  • un contexte d’indemnisation ou médico-légal.
La résonance magnétique (IRM) est à réserver en cas d’évolution chronique ou complexe ou d’une présentation clinique atypique.
Traitement

L’objectif du traitement comprend le contrôle de la douleur, le maintien de la mobilité, l’amélioration de la force de préhension et de l’endurance ainsi que la normalisation progressive de la fonction. La mise au repos du tendon et l’adaptation du poste de travail sont les seuls éléments qui font consensus dans le traitement. La chirurgie devrait être envisagée uniquement dans les formes récalcitrantes.

Conclusion

La tendinopathie épicondylienne (épicondylite) est une pathologie fréquente, la plupart des personnes qui en sont affectées évoluent favorablement avec un traitement conservateur si les facteurs déclenchant, qu’ils soient professionnels ou récréatifs, peuvent être identifiés et corrigés. Malgré la fréquence de cette pathologie, seule la mise au repos et l’adaptation du poste de travail font consensus sur le plan des traitements.

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Bibliographie

Alexandre Dumusc, Pascal Zuffere, Tendinopathies du coude , Rev Med Suisse 2015, n° 11, pages 591-595.

Société française de médecine générale, L’épicondylite, Fiche d’information, 27-11-2009, 7 pages.

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Dr Louis Patry (MD, FRCP, CSPQ) travaille à la Clinique de médecine du travail du CHUM.

 

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